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Enceinte à 15 ans

 

Je m’appelle Christine. J’ai 20 ans et j’en suis à ma 3e année d’études dans une technique de cégep. Je suis l’aînée d’une famille de plusieurs enfants. Cela a ses bons et ses mauvais côtés, mais la plupart sont fantastiques!

Ça m’embête un peu de faire un « témoignage ». Je n’ai pas l’intention de vous raconter ma vie de A à Z, car alors chaque personne d’entre vous pourrait dire des choses beaucoup plus capotantes et intéressantes. Évidemment, j’ai moi aussi mangé de la « marde » à mon tour. Mais tout le monde en mange un jour ou l’autre, n’est-ce pas? Ce qui est particulier dans mon cas et ce pourquoi je suis ici ce soir, c’est Dieu qui m’a sortie de cette « marde ».

J’ai été élevée dans une famille de foi catholique fervente. Aujourd’hui, après 3 ans de recul, je peux affirmer que l’amour de mes parents est tel, l’un envers l’autre, que chaque jour qui commence est comme le lendemain de leur mariage. Je suis consciente de la chance exceptionnelle d’avoir été éduquée dans l’amour réel et profond de mes parents. Et c’est la foi qui est la source intarissable de leur amour sans limite.

Pour ma part, étant enfant, j’ai tout gobé, acceptant tout comme la vérité absolue. Rendue adolescente, ce fut la folie furieuse. En quel honneur je serais une belle niaise de rentrer à 9 h tous les soirs, de rester seule et célibataire jusqu’à l’âge de 18 ans, de ne pas m’habiller à la mode avec des jeans serrés, de ne pas toucher ni à l’alcool ni à la drogue? Bref, d’être une véritable « fille à maman », d’être à part des autres et tout ça pour faire plaisir à mes parents!

D’la marde! J’ai tout foutu leurs conseils à la poubelle et j’ai vécu « comme tout le monde ». C’était plus compliqué dans mon cas, parce que je voulais tout faire un peu discrètement. Je sortais par la fenêtre de ma chambre du sous-sol. À 13 ans, j’étais dans les bars et je foirais. Les relations à la maison se sont tellement détériorées que dès que je posais le petit orteil sur le seuil de la porte, l’engueulade commençait! Je m’enfermais dans ma chambre, la musique à fond, faisant la sourde oreille à tous. Mes frères et sœurs s’éloignaient sur mon passage de peur d’éveiller ma colère sur un détail. Et gare à celui qui oserait violer le temple sacré qu’était ma chambre: il était un homme mort. Je ne rentrais chez moi que pour dormir quelques heures par nuit. Je devais faire comme tout le monde et me lever à 6 h 30 du matin, même si j’étais saoule à 3 h 30. Ça a fait un temps évidemment! Je me suis fait pincer à 15 ans, une nuit où j’ai retrouvé ma fenêtre fermée à 4 h. Ils ont gueulé, tempêté, fait tout ce qui est imaginable pour me montrer que j’avais profondément trompé leur confiance.

Aujourd’hui, je peux dire que c’est le pire coup qu’on peut asséner à ses parents: mentir. Et c’est en même temps la meilleure façon de se jeter dans le trou de la délinquance les yeux fermés. Car, dans ce temps-là, on ne se tient pas responsable de ses actes. On se venge, soit de la tyrannie parentale, soit de toute autre raison nous justifiant. Et lorsque le remords et l’amertume s’éveillent en nous, la musique et l’alcool nous empêchent de penser et nous font oublier. Je dis la musique et l’alcool, mais ce peut être la drogue, le sexe ou tout autre analgésique de la sorte. Évidemment, je n’allais plus à la messe et j’avais envoyé promener toutes mes anciennes convictions!

C’est alors que je suis tombée enceinte!!! Moi, c’est impossible! Ça n’arrive qu’aux autres! Quelle connerie inimaginable!!! Pas question que je le garde: l’avortement ou l’adoption, mais je ne veux rien savoir d’être mère à 15 ans. Je « bad-tripais », virais dessous, etc. Pendant 4 ½ mois, j’ai vécu l’enfer!!! Seuls mon chum et ma meilleure amie étaient au courant. Généreusement, mon copain (âgé de 17 ans) m’a offert de l’argent pour l’avortement. C’est alors que mes anciennes convictions sont remontées à la surface. Je n’arrivais pas à décrocher le téléphone pour prendre un rendez-vous! Tuer un bébé!  Je ne pouvais me résigner. Pendant ce temps, j’engraissais. Je ne voulais plus rien savoir du gars qui était le père et je suis devenue renfermée sur moi-même comme une tombe.

Mais il fallait bien que ça se découvre un jour. J’ai eu une petite infection mineure nécessitant une visite chez le médecin. J’ai demandé à ma mère de m’accompagner, n’ayant pas le courage de lui avouer quoi que ce soit, sachant que le jour fatidique était arrivé. J’étais sûre de me faire renier, que j’étais à la rue. Et j’avais pris la décision de mener ce bébé à terme, bien que j’aie déjà téléphoné pour prendre rendez-vous au CHUL.

Pendant que je subissais tous les tests de grossesse nécessaires à la confirmation de mon état, le médecin annonçait la terrible nouvelle à ma mère. Vous dire combien j’étais sûre d’être à la porte. Elle arriva devant moi dans la salle de prises de sang et me sourit.

Une fois la nouvelle annoncée, mes parents ont su me pardonner au-delà des forces humaines. Je suis sûre que sans leur foi, ils m’auraient mise dehors, acharnés qu’ils sont face à leurs principes! Bref, j’ai terminé mon secondaire III à la maison, rencontrant mes professeurs une fois la semaine. Et j’ai passé de façon très acceptable mon année.

Habitant dans un petit village, la nouvelle s’est répandue rapidement. J’ai été jugée, pointée du doigt, rejetée par mes meilleurs amis, moi devenue la pute! Seulement parce que je n’avais pas eu l’intelligence de prendre des moyens contraceptifs et de couler sans effets secondaires!

Bref, pendant 4 mois, j’ai été enfermée dans la maison avec ma mère, tous les autres étant à l’école, sauf les deux derniers. Le matin, on se levait. On déjeunait. On disait au revoir à tout le monde, puis je descendais travailler dans mes livres. Durant ce temps, ma mère faisait sa prière à haute voix. Tu parles d’une maniaque. Tous les matins, un bon dix minutes! Puis un temps est venu où je recommençais à apprécier sa compagnie. Alors je suis venue subir sa prière sans rien dire. Par la suite, j’ai commencé à dire les ALLÉLUIA ! à la fin de chaque psaume. Puis, sans m’en rendre compte, j’ai récité la prière au complet avec elle. On alternait les versets. Tout ce temps, je lui répétais que je trouvais ça imbécile et long, une perte de temps.

Petit à petit, j’ai repris goût à la vie, goût à Dieu. C’est pendant ma grossesse que je me suis rendu compte de l’importance de vivre ma foi. J’avais connu le refus de Dieu. Je voulais être comme tout le monde, me laissant aller dans une course folle aux plaisirs et aux petits bonheurs éphémères. Je me suis retrouvée seule avec un arrière-goût amer et décevant.

J’ai réalisé que la vie que je sentais battre en moi était là et qu’il me fallait la respecter. Ce bébé n’avait jamais demandé à vivre. Il était là par accident. Serait-il toute sa vie la victime d’une erreur? Aurait-il à subir une haine qu’il n’avait pas cherchée? Non. Mon devoir de mère était clair. À 15 ans, je n’avais aucune capacité de garder mon enfant. Il était inconcevable que j’habite avec un garçon de 17 ans et que je réussisse à remplir mes devoirs d’éducation et d’amour envers cet enfant. C’est pourquoi j’ai puisé dans l’amour infini de Dieu et ai pris la seule décision qui me semblait répondre aux besoins de mon bébé. J’ai commencé les démarches pour l’adoption.

Je pense que le rôle principal des parents est de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour fournir à l’enfant les bases essentielles sur lesquelles il pourra bâtir sa vie et tenir dans ses mains toutes les chances possibles pour être heureux. Et ce, il ne peut le retrouver que dans un foyer aimant avec le père et la mère présents et attentifs à ses besoins. Il est bien évident qu’on ne peut pas toujours rencontrer ces idéaux. Mais le choix qui se présentait à moi était clair. Soit je handicapais volontairement ma petite fille dès son premier jour et elle aurait une tonne de difficultés à surmonter pour être heureuse. Soit je la confiais à un idéal et je lui donnais toutes les possibilités afin de bâtir son avenir.

Le 31 juillet, Stéphanie est née après douze heures d’enfer. Elle était sûrement la plus belle et la plus fantastique! Et sept jours plus tard, je rencontrais le couple qui est aujourd’hui ses parents. Il me semblait que cette rencontre était essentielle pour qu’ils comprennent bien que je n’abandonnais pas mon enfant, mais que je la leur confiais. Comme Dieu me l’avait confiée durant neuf mois afin de lui permettre de vivre. Je voulais qu’elle sache dès son plus jeune âge que je l’aimais et que c’est pour cela que je lui fournissais ces parents d’adoption. La rencontre s’est extrêmement bien passée. C’était un couple au début de la quarantaine ayant déjà deux grands garçons: un au cégep et un plus jeune de 13 ans. Cela faisait déjà dix ans qu’ils attendaient l’adoption d’une petite fille. Ils pleuraient de bonheur et m’ont expliqué combien ils la désiraient et en prendraient bien soin. Depuis le jour où j’ai laissé Stéphanie les rejoindre, je n’ai pas eu une seconde de regret. Et je suis persuadée qu’elle est heureuse. Chaque soir, je la confie à notre mère Marie pour qu’elle la garde sous sa protection. À 18 ans, si Stéphanie désire me rejoindre, j’ai laissé mes coordonnées. Elle n’aura aucun problème. Et si elle préfère garder de moi ce que ses parents lui auront dit, je la laisse libre. Car dans mon cœur elle vit et je sens qu’elle est heureuse. J’ai donc rempli mon devoir de mère.

Tout ce que je vous raconte, ce soir, c’est bien beau et bien touchant. Aujourd’hui, je ne regrette rien de mon passé. J’ai la nette impression que j’ai grandi en sagesse pour un petit laps de temps.

Maintenant, depuis plus de 3 ans, je vis seule avec une petite vie monotone. L’école, comme vous. Je n’ai plus de grandes décisions à prendre, plus rien d’importance. Et je trouve cela plus dur que la grosse épreuve que j’ai passée. J’ai eu la preuve que Dieu est bel et bien là, qu’il m’aime et pourtant il m’arrive encore bien souvent d’en avoir marre de la foi et des exigences qu’elle apporte. Je trouve plus difficile d’orienter ma vie, de trouver un bon côté à mes devoirs et toutes les contrariétés imbéciles sur lesquelles on n’arrête pas de buter.

Je vais être franche avec vous. Aujourd’hui, je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie. Je ne sais plus pourquoi je vis et j’attends que ça finisse. En attendant, je travaille du mieux que je le peux à l’école. Quant à faire quelque chose, autant le faire bien et je me fais du fun avec mes chums. La seule chose que je sais, c’est que plus je ferai l’effort de rester près de Dieu et de faire grandir mon amour pour lui, plus les difficultés seront faciles à surmonter le moment venu de choisir ma voie d’avenir.

Une autre chose que j’ai apprise, c’est que l’Église est faite d’êtres humains imparfaits. Il ne faut pas placer sa foi dans les mains de ces personnes. Ils sont l’outil que Dieu nous donne pour nous dire qu’il nous aime. Et toutes ces règles autoritaires et sévères qu’il faut suivre pour être « catholiques » sont simplement, à bien y penser, la solution réelle aux problèmes que nous rencontrons.

 

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