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Une grossesse est-elle possible ?

 

 

Extrait de :

Douze questions à se poser avant..., Dr Michel Robillard,

Longueuil, Éditions Ministères Multilingues, 2003, p. 53

 

Au Canada, 50 % des adolescentes ont des relations sexuelles avec pénétration vaginale. Chaque année, environ 5 % de l’ensemble des adolescentes, soit 10 % des adolescentes actives sexuellement, deviennent enceintes[1]. C’est beaucoup, non ? Aux États-Unis, la situation est semblable, mais le taux de grossesse est environ deux fois plus élevé. À la fin de leurs études secondaires, de 19,4 %[2] à 42,3 %[3] (le pourcentage varie selon les recherches) des filles actives sexuellement auront été enceintes. La plupart de ces filles ne souhaitent pas cette grossesse. En effet, seulement 15 % des mères de 17 ans sont ambivalentes et désirent une grossesse plus ou moins consciemment, souvent pour échapper à un environnement familial déprimant[4].

 

 

 

Pourquoi tant d’adolescentes deviennent-elles enceintes? Sont-elles négligentes? Les méthodes contraceptives utilisées seraient-elles inefficaces?

 

En fait, les deux facteurs – négligence des individus et inefficacité des contraceptifs –contribuent à engendrer chaque année des enfants non désirés. Cette situation est très éprouvante pour les jeunes concernés ainsi que pour leurs familles. J’explique cela en détail dans le livre mentionné plus haut. Retenons, pour les fins de cet article, qu’une grossesse est bel et bien possible même pour les jeunes filles qui sont certaines de se protéger correctement.

 

Afin de soutenir cette dernière affirmation, j’aimerais vous présenter les résultats d’une recherche récente effectuée sur le lien entre la contraception et les grossesses non désirées par une équipe de chercheurs européens affiliés à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) ainsi qu’à l’Institut national de recherche démographique (INED), sous la direction de la Dre Nathalie Bajos. Vous pouvez aussi trouver une présentation succincte, avec des diagrammes et des graphiques, des résultats de cette étude à l’adresse Internet suivante :

http://www.canal-u.education.fr/canalu/affiche_programme.php?programme_id=1003930867&. Cette étude française faite auprès de femmes adultes est parue dans le journal Human Reproduction[5].

 

La recherche dirigée par la Dre Bajos a démontré que l’échec des moyens contraceptifs est loin d’être une rareté. En effet, une analyse d’une partie des cas étudiés a révélé que 1034 sur 1829 cas[6] avaient eu, soit une interruption volontaire de grossesse (IVG), soit une dernière grossesse non désirée. De plus, la recherche indique la répartition suivante des méthodes contraceptives utilisées par les femmes qui ont eu une grossesse non désirée.

1.      pilule – 20 %

2.      méthode naturelle – 20 %

3.      condom – 12,5 %

4.      stérilet[7] – 10 %

5.      sans contraception – 25 %

 

Ainsi les deux tiers des grossesses surviendraient chez des utilisatrices de moyens contraceptifs. Ces méthodes sont donc loin d’être parfaites. La Dre Bajos analyse ainsi les résultats : 60 % des utilisatrices ont oublié une ou plusieurs fois de prendre leur anovulant; dans 18 % des cas, une maladie temporaire et la prise de médicaments de façon concomitante était en cause; enfin, 22 % des femmes devenues enceintes ne pouvaient fournir aucune explication.

 

La moitié des femmes devenues enceintes en utilisant le condom ont dit qu’il avait glissé ou qu’il s’était déchiré. Environ 30 % avaient négligé de l’utiliser cette fois-là, et 20 % ne savaient pas pourquoi le condom avait été inefficace. Également, plus de 57 % des porteuses de stérilet devenues enceintes ne savaient pas ce qui n’avait pas fonctionné.

 

Parmi les utilisatrices de méthodes naturelles, 25 % ont dit que leur cycle n’avait pas été aussi régulier que d’habitude et les deux tiers ont expliqué que leur partenaire ne s’était pas retiré à temps.

 

Enfin, les chercheurs qui ont effectué cette étude ont émis le commentaire suivant : Il n’y a pas de raison de croire que nos résultats sont bien différents de ce que l’on trouverait dans les autres pays industrialisés où les méthodes contraceptives sont disponibles. Il est donc très clair pour moi que les méthodes contraceptives n’offrent pas une sécurité infaillible aux femmes adultes. Et les chercheurs s’entendent généralement pour dire que cela est encore plus vrai pour les adolescentes, qui, selon leurs hypothèses :

-        sont des utilisatrices moins constantes;

-        ont un taux de fertilité supérieur;

-        ont un métabolisme accéléré qui rendrait peut-être la pilule moins efficace.

 

Le meilleur moyen d’éviter une grossesse reste, sans contredit, l’abstinence sexuelle. Les moyens contraceptifs sont intéressants pour diminuer la possibilité d’une grossesse et non pour éliminer toute éventualité. Dès lors, la contraception est un moyen idéal pour un couple qui aimerait retarder la venue d’un enfant ou limiter le nombre total d’enfants à venir. Ce couple, toutefois, doit être ouvert à l’éventualité d’une grossesse. Dans ce contexte, il est possible d’accueillir la vie, même si l’on n’est pas tout à fait prêt à la recevoir. Au moins, ce n’est pas catastrophique. On peut s’y adapter et s’en réjouir.

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[1]    Langille (D. B.), “Adolescent Sexual Health : What You Need To Know”, The Canadian Journal of CME, January 2000, p. 47-58.

[2]    Resnick (M. D.), Bearman (P. S.), Blum (R. W.), et al, “Protecting Adolescents From Harm : Findings From the National Longitudinal Study on Adolescent Health”, Journal of American Medical Association, September 10, 1997, Vol. 278, no. 10, p. 823-832.

[3]    Steben (M.), « Prise de risques reproductifs, MTS et sida chez les jeunes dans les écoles américaines », L’actualité médicale, 16 février 2000, p. 76-77.

[4]    Sylvester (C.), Preventable Calamity, Progressive Policy Institute, 1994, p. 18. Accessible à : ppiinfo@dlcppi.org.

[5]   Bajos (N.), Leridon (H.), Goulard (H.), Oustry (P.), Job-Spira (N.) and The COCON Group, “Contraception: from accessibility to efficiency”, Human Reproduction, Vol. 18, No. 5, p. 994-999, May 2003.

Tiré de : Wheldon (J.), Health Correspondent, PA News, April 30, 2003.

[6]    Il s’agit d’une étude partielle effectuée sur 1829 cas choisis et analysés au hasard parmi les 14 704 foyers étudiés.

[7]    Le stérilet est une méthode contraceptive qui empêche l’embryon de s’implanter dans l’utérus après sa conception. Plusieurs le considèrent donc comme un mini-avortement.