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La maternité, quelle merveille !

Michel Robillard

 

L’image d’une mère prenant tendrement soin de son enfant évoque toujours en nous quelque chose de beau. Les poètes et les romanciers se sont inspirés de cet archétype. Les centres de maternité affichent avec raison de belles images de la mère et de son enfant.

 

Une mère prenant soin de son enfant est un symbole de vie, de paix et d’amour. Normalement, les bras d’une mère apportent le réconfort, la protection et la chaleur. La mère est généralement notre premier contact avec l’humanité. Et c’est en se détachant peu à peu d’elle que nous découvrons qui nous sommes.

 

La venue d’un enfant devrait être un événement heureux. On lui prépare une place. Le jour de la naissance venue, la famille et les amis offrent un cadeau. La nouvelle mère raconte l’accouchement, souvent pénible; cependant, la joie de voir le bébé fait vite oublier les douleurs. Les hommes et les plus jeunes regardent le nouveau-né sans oser le toucher, tandis que les femmes le dorlotent. Tous félicitent la mère et le père. Parce que le père aussi aura un rôle très important à jouer. Il prendra part aux soins de son enfant. Il jouera avec lui. Il lui apprendra plein de choses. Il lui transmettra sa vision de la vie. Le père a particulièrement le pouvoir de construire la confiance en soi.

 

Toutefois, l’arrivée d’un enfant peut être aussi une source d’angoisse. De tout temps, lorsque les conditions de vie ont été précaires, les parents se sont demandé comment ils réussiraient à nourrir la nouvelle bouche. De plus, de nos jours, les mères adultes s’interrogent aussi lorsqu’elles constatent que leur couple est fragile ou que leur carrière pourrait être menacée.

 

Là où il y a le plus d’anxiété et de doutes sur la maternité, c’est certainement lorsqu’elle survient à adolescence. On s’interroge alors sur ce qui adviendra des études de la jeune fille. On se demande aussi si le père assumera ses responsabilités face à l’enfant. On s’inquiète pour savoir dans quelle mesure les parents de la mère ou du père devront contribuer de leurs biens et de leur temps afin d’éduquer l’enfant.

 

Ces interrogations sont omniprésentes depuis les années 70, époque où les jeunes sont devenus actifs sexuellement. En effet, malgré tous les efforts faits pour promouvoir les moyens contraceptifs, les grossesses à l’adolescence restent plutôt fréquentes. Aujourd’hui, les adolescents et leurs parents font face très vite à la possibilité de vivre la maternité précocement. Or, je crois que cette situation a transformé notre manière de voir la parentalité. Ainsi, il y a quelques décennies, on attendait l’arrivée d’un enfant avec une excitation positive. Si les garçons et les filles se côtoyaient et sortaient parfois ensemble, ils se contentaient habituellement de rêver au jour où ils auraient des relations sexuelles complètes. On pensait au moment merveilleux de son mariage en sachant qu’il y aurait sans doute des enfants et du bonheur à la maison. L’idée d’une grossesse à l’adolescence était mal vue par la société, et les parents l’indiquaient clairement à leurs enfants la plupart du temps. En général, le contexte favorisait donc une vision positive de la venue des enfants dans le cadre d’une union conjugale stable.

 

Aujourd’hui, j’observe que bien des couples n’envisagent pas la parentalité d’un œil positif. Je crois qu’il y a un lien entre cela et le fait que ces jeunes adultes ont débuté leurs relations sexuelles tôt dans leur vie. En effet, la majorité des jeunes apprennent à percevoir la venue d’un enfant sous un angle négatif, puisqu’à l’adolescence, il faut éviter la grossesse. On leur enseigne qu’elle est une conséquence désagréable des relations sexuelles à un moment où l’on n’est pas prêts à élever un enfant. D’ailleurs, advenant un échec contraceptif, certains choisiront l’avortement.

 

Je crois que l’apprentissage négatif de la maternité à l’adolescence se solde par la peur des grossesses, et que cette crainte persiste chez les femmes adultes. Les jeunes filles devenues grandes ne s’inquiètent pas seulement du fait que la grossesse pourrait nuire à leur carrière ou parce que leur conjoint risque de partir, mais elles demeurent souvent profondément ambivalentes face à la vie, et cela d’autant plus qu’un certain nombre d’entre elles ont déjà subi un avortement. Le passage d’une mentalité d’évitement de la grossesse à celle d’accueil de la procréation est un revirement psychique qui ne se fait pas toujours facilement.

 

Sans compter que notre monde n’accorde plus la même valeur qu’autrefois à la venue d’un enfant. D’une part, la position sociale de la mère n’est plus ce qu’elle était. Le regard des gens ne se pose plus sur la mère et son enfant avec le même émerveillement. D’autre part, tous s’attendent à ce que la venue d’un enfant ne dérange pas trop les projets des adultes. Dans une société comme la nôtre où la réalisation professionnelle et personnelle est primordiale, c’est à l’enfant à s’adapter et non l’inverse.

 

Enfin, du point de vue pratique, ce n’est pas toujours facile. En effet, la majorité des voitures et des maisons sont faites pour deux enfants, tout au plus. Et ce n’est pas nécessairement évident d’organiser la routine entre la garderie, le travail et la maison. Bien des enfants se sentent loin des bras de leurs parents. Si le nid familial devrait apporter la sécurité et la paix, aujourd’hui il ressemble souvent à une ruche d’abeilles en pleine effervescence! Grandissant dans un tel contexte, plusieurs enfants deviendront des adultes fragiles sur le plan émotionnel.

 

Plusieurs adultes hésitent donc à avoir des enfants. Et la dénatalité qui caractérise le Québec inquiète nos responsables. Nous avons grandement besoin de repenser nos valeurs et nos priorités, car notre nation meurt à petit feu. Entre autre, nous ne devrions pas oublier que l’activité sexuelle à un âge précoce explique en partie la peur d’avoir des enfants.

 

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