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Éditorial
La dénatalité inquiète
Le 19 octobre 2005, des politiciens
et des gens d’affaires bien connus du Québec ont signifié ouvertement leur
inquiétude face à l’avenir de la province en publiant un manifeste intitulé Pour un Québec lucide[1].
C’est que la dénatalité risque d’avoir ici, comme dans plusieurs pays, des
conséquences socio-économiques graves.
Le geste de ces
personnages publics ne constitue pas une sortie improvisée pour des fins
politiques. En effet, la réflexion sur le sujet est amorcée depuis longtemps.
Déjà, le 3 décembre 2003, le journal La Presse
et la société
Radio-Canada avaient organisé une conférence intitulée
« Des enfants pour le Québec ». Le premier ministre du Québec
d’alors, M. Lucien Bouchard, y avait souligné avec insistance l’ampleur du
phénomène de la dénatalité au Canada et plus particulièrement au Québec. Le
politicien s’inquiétait non seulement de la disparition du fait français en
Amérique, mais aussi du danger éminent que représentait la décroissance des
naissances pour l’économie et le maintien des soins de santé. Lors de cette
conférence, une vingtaine d’experts avaient traité du faible taux de fécondité
au Québec et de ses répercussions socio-économiques. Ces spécialistes avaient
déploré la dangereuse insouciance des Québécois et des autres Canadiens dans ce
domaine.
La dénatalité est un phénomène
généralisé en Occident. La révolution sexuelle est-elle responsable de cette
situation? Il est certain que l’arrivée de la contraception y a joué un grand
rôle. De plus, les problèmes d’infertilité reliés aux ITS ne cessent d’augmenter.
L’instabilité des familles est également défavorable à la fécondité. Ainsi,
au Canada, on a observé lors du recensement de 1996[2] que
les couples légalement mariés ont, en moyenne, 3,2 enfants, tandis que ceux
vivant en union libre n’en ont que 2,8, ces derniers ayant tendance à
considérer que leur union ne durera pas nécessairement toute la vie. Enfin, les
familles monoparentales ont, en moyenne, 2,6 enfants[3],
puisqu’elles arrêtent de donner naissance à des enfants.
D’autres facteurs
expliquent la
dénatalité. Par exemple, les couples désirent se réserver du
temps libre pour des loisirs; ils veulent aussi jouir d’une certaine aisance
matérielle avant d’avoir un enfant. En effet, la tranquillité d’esprit par
rapport à l’argent est maintenant considérée, par plusieurs adultes, comme un
préalable à la venue d’un enfant. Étant donné que la sécurité d’emploi a
tendance à disparaître dans notre économie, il s’ensuit que plusieurs parents
potentiels attendent plus longtemps avant d’avoir un enfant ou décident de ne
pas en avoir du tout. Un sondage SOM mené auprès de 1000 familles québécoises
en mars 1998[4] confirme l’analyse
présentée ci-dessus. Selon 76,1 % des répondants, la « situation
économique des ménages » expliquerait le bas taux de natalité. Enfin,
76,7 % des personnes interrogées estiment que la société n’encourage pas
les adultes à faire des enfants aujourd’hui et 66,2 % estiment que les
femmes qui ont des enfants sont pénalisées sur le plan professionnel.
Chasteté-Québec a donc choisi
de traiter des grossesses dans le neuvième numéro de son journal Internet. Dans
ce numéro intitulé « La maternité et l’adolescence », nous allons
parler non seulement du phénomène de la dénatalité, mais aussi de la parentalité. Nous
allons nous intéresser en particulier au contexte de l’adolescence. Nous allons
voir qu’au-delà du contexte social qui mène à la dénatalité, il y a des liens
qui existent entre le fait que les jeunes sont aujourd’hui actifs sexuellement
dès l’adolescence, les grossesses indésirées et la peur de la parentalité d’une
façon plus générale.
Comme toujours, notre journal
se veut une réflexion concise sur le sujet abordé. Nous essayons aussi de
fournir des données pratiques comme une liste de centres pouvant aider les
adolescentes enceintes (voir « Que faire en cas de
grossesse ? »). De plus, nous présentons des actualités, différents
témoignages personnels et l’analyse du dernier sondage, qui porte justement sur
les grossesses. En terminant, nous aimerions souligner que nous sommes
convaincus que la promotion à une plus grande échelle d’un style de vie centré
sur la chasteté contribuerait à prévenir les situations que nous décrivons dans
les pages suivantes.
Bonne lecture!
Michel Robillard
Président de Chasteté-Québec
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[1] Disponible à :
http://www.pourunquebeclucide.com/documents/manifeste.pdf
[2] Les chiffres plus récents ne démontrent pas
de changements énormes, sinon que l’indice de fécondité continu de diminuer. Il
était de 1,62, au Québec, en 1995. Il n’est plus que de 1,48 en 2003.
Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québec – bilan
2004, p. 77.
[3] Statistiques Canada, Recensement de 1996
- Familles de recensement dans les
ménages privés selon la structure de la famille.
[4] Beaulieu (Y.), « Pourquoi le Québec n’a
plus d’enfants? » L’actualité, 15 juin 1998, p. 58-62.