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Réponse à l’article « Les Américains se font conter des pipes ![1] »
Docteur
Chasteté-Québec est un organisme québécois qui fait la promotion de la chasteté dans le monde francophone et qui est indépendant de toute affiliation avec des groupes américains. Nous donnons ici notre opinion sur ce qui nous semble pertinent et moins pertinent dans le rapport Waxman.
Le 4 décembre
2004, le journal La Presse a publié un communiqué de l’agence
France-Presse, qui visait à démontrer que l’enseignement de l’abstinence aux
États-Unis est une fumisterie. En fait, l’article faisait étalage des données du
rapport Waxman, qui venait de paraître.
Henry Waxman est
un démocrate californien. Son rapport a essentiellement un but politique et
vise à réagir contre la réélection du président Bush. Le rapport Waxman n’est
pas une analyse scientifique sérieuse du contenu des manuels d’enseignement de
l’abstinence dans les écoles américaines. Il a d’ailleurs été vivement critiqué
dans les médias aux États-Unis, à la suite de sa parution, pour son manque
d’objectivité et ses nombreuses erreurs.
Cependant, ce qui
a jeté de l’huile sur le feu, c’est qu’une importante association médicale,
l’American Medical Association (AMA), a déclaré peu après la publication du
rapport Waxman, que le gouvernement fédéral américain ne devrait pas
subventionner les groupes enseignant l’abstinence tant qu’il n’y a pas de
preuves scientifiques solides que ces programmes fonctionnent.
Ce geste de
l’AMA semble également politique. Nous aurions pu comprendre une telle position
dix ans plus tôt. Toutefois, après une décennie d’enseignement de l’abstinence
aux États-Unis, les Américains disposent actuellement d’une dizaine
d’évaluation qui sont favorables aux programmes d’enseignement de l’abstinence.
Quatre ont été publiées dans des revues scientifiques. Une de ces études,
publiée en avril 2003 dans le Adolescent and Family Health a calculé
l’apport relatif des programmes d’enseignement de l’abstinence et celui de
l’approche contraceptive classique. L’étude a démontré que l’enseignement de
l’abstinence était responsable de 67 % de la chute du taux de grossesse
enregistrée chez les filles de 15 à 19 ans. Une étude semblable, publiée en
août 2004 dans le Journal of Adolescent Health, a déterminé que 53 % de
la chute du taux de grossesse chez les adolescents de 15 à 17 ans était reliée
à la réduction de leurs activités sexuelles. À la fin de l’année 2004, l’étude
« Youth Risk Behavior Survey », parrainée par les centres de
prévention des maladies fédéraux (CDC) a démontré que le taux de jeunes actifs sexuellement est passé de 54,1 %
en 1991 à 46,7 % en 2003. Un autre rapport des CDC, intitulé « Teenagers in the
United States: Sexual Activity, Contraceptive Use, and Childbearing, 2002 »,
nous apprend aussi que la baisse du taux des activités sexuelles chez les
garçons de 15 à 19 ans serait relié à leur capacité accrue de dire non aux
avances sexuelles par rapport à l’année 1995. Cette même étude nous apprend que
90 % des objectifs fixés par les responsables des programmes de santé
communautaire dans le rapport « Healthy People 2010 targets »
sont déjà atteints. En effet, 90 % de la réduction du taux d’activité sexuelle
chez les jeunes de moins de 15 ans est réalisée six ans avant ce qui était
fixé, de même que 75 % de ce qui était ciblé pour les 15 à 17 ans.
Toutefois, nous
ne disons pas que tout ce que monsieur Waxman a affirmé est non pertinent.
Cependant, nous trouvons dommage que les journalistes francophones se
contentent d’une seule source pour évaluer ce qui se passe actuellement aux
États-Unis. Ceci donne une très mauvaise perception de la vérité scientifique
qui entoure ces questions. Ainsi dans son rapport, monsieur Waxman tire sur
tout ce qui bouge ! Il faudrait des heures pour démêler tous les sujets
qui sont abordés dans le communiqué de presse et les traiter sérieusement.
Essayons quand même d’y voir un peu plus clair. Le communiqué de presse dont
nous parlons est reproduit en bas de page.
Ce qui nous
semble pertinent :
Les groupes
favorables à l’abstinence émettent parfois des faits comme si elles étaient des
certitudes scientifiques absolues. Or, en science, une affirmation doit être
confirmée par plus d’une recherche avant d’être un fait accepté par l’ensemble
de la communauté scientifique. Le débat sur l’abstinence est si chaud
politiquement aux États-Unis qu’il y a une tendance à citer des études
scientifiques qui n’ont pas été corroborées par des études ultérieures. Nous
avons observé que cela se produit dans les deux camps : celui qui fait la
promotion de l’enseignement de la contraception et de l’utilisation des condoms
et celui qui prône une approche essentiellement axée sur l’abstinence. Certains
programmes d’enseignement de l’abstinence contiennent donc des données
scientifiques tirées de recherches isolées. Les données expérimentales de ces
recherches ne sont pas nécessairement fausses, mais il faudra encore quelques
années avant que d’autres recherches ne démontrent ces faits avec plus de
certitude. Dans cette catégorie, entre l’affirmation disant que l’avortement
peut causer l’infertilité et des grossesses extra-utérines ultérieures.
Une autre erreur
couramment commise par les personnes qui enseignent l’abstinence est de
présumer de certaines explications pour expliquer des faits qui sont par
ailleurs vrais. Entre dans cette catégorie l’idée que les virus du VIH
traversent les pores du préservatif parce qu’ils sont plus petits que ces
derniers. Il est vrai que le virus du sida est plus petit que les trous
microscopiques qui se trouvent dans le tissus qui constitue un condom. Il est
vrai également que le préservatif ne protège que de 80 % à 85 %
contre le sida. Cependant, il n’a jamais été démontré scientifiquement que le
virus peut traverser les pores des condoms : une nuance qui, à défaut
d’être bien expliquée, attire la moquerie des adversaires.
Il est également
vrai que les problèmes psychologiques peuvent à la fois être la cause et les
conséquences des activités sexuelles précoces chez les jeunes. Il y a peut-être
eu des oublis ou des emportements lors de certains exposés trop partisans.
Quant à
l’affirmation disant qu’un manuel affirme que « toucher le sexe d’un
partenaire peut aboutir à une grossesse », il faudrait voir le contexte
dans lequel le manuel traite du sujet. En lisant ce communiqué de presse
tendancieux, cette affirmation fait d’abord rire, car tout le monde sait qu’il
faut que le spermatozoïde se dépose dans le vagin et qu’il y ait fécondation de
l’ovule pour que s’ensuive une grossesse. Toutefois, lorsque nous y
réfléchissons, c’est aussi d’un réalisme évident et démontrable
scientifiquement que de dire que deux adolescents qui manipulent leurs organes
sexuels auront tôt ou tard envie d’essayer la pénétration et qu’une grossesse
peut en découler.
Ce qui n’est
pas pertinent :
La manière dont
les fait sont présentés par plusieurs personnes opposées aux idées
conservatrices est souvent plus tendancieuse que les quelques accidents de
parcours des enseignants de l’abstinence qui, ne l’oublions pas, ne sont pas
nécessairement des chercheurs scientifiques !
Dans le
communiqué de France-Presse, il est frappant de voir l’ignorance apparente du
fait que les condoms ne protègent pas à 100 % contre le sida. C’est pourtant
une donnée scientifique bien établie. Comme nous l’avons expliqué plus haut,
les centres de prévention des maladies fédéraux (CDC) disent que « les
préservatifs en latex fournissent une barrière étanche contres les particules
de la taille des pathogènes de maladies sexuellement transmissibles
(MST) ». C’est la conclusion d’une recherche faite sur la mécanique des
condoms. Mais ces mêmes CDC constatent également que le condom ne protège que
de 80 % à 85 % contre le sida. Ce sont là les constatations des chercheurs
qui observent les utilisateurs de condom dont l’un des partenaire est
séropositif. Il semble y avoir contradiction. Mais, c’est comme cela que la
science fonctionne !
Les mécanismes
naturels de la transmission du virus de papillome humain (VPH), qui cause le
cancer du col, sont également ignorés dans le communiqué de France-Presse.
L’affirmation de certains manuels enseignant l’abstinence qui dit que
« toute activité sexuelle accroît le risque de cancer du col de
l’utérus » ne semble être qu’une extrapolation prudente des données
scientifiques connues. En effet, le VPH se retrouve sur les cuisses, le pubis,
les fesses et dans la bouche. C’est pour cela, d’ailleurs, que le condom ne
protège pas contre ce virus. Et il est démontré scientifiquement qu’il peut
causer des cancers dans toutes ces zones. De plus, si on l’attrape à un
endroit, on peut craindre qu’il se transmette éventuellement aux autres parties
du corps lors d’activités sexuelles subséquentes. Il est donc conséquent, selon
nous, de commencer à instruire le public des dangers d’activités sexuelles de
tout genre avec les porteurs de ce virus. Or, le virus n’est pas rare. Plus de
40 % de la population active sexuellement en serait porteuse, et le virus a la
particularité d’infecter les personnes qui ont plusieurs partenaires dans leur
vie.
Une autre erreur
fréquemment commise par les pro-choix est de nier l’ensemble des études qui
démontrent que l’avortement peut entraîner des séquelles psychologiques. Il est
vrai que de telles études sont difficiles à réaliser. Mais il y en a plusieurs
qui ont démontré ce fait. C’est pour des raisons politiques que des personnes
s’opposent à ce que cette vérité soit connue.
C’est aussi pour
permettre que l’avortement soit légal qu’on a décidé qu’un embryon humain
n’était pas une vie. Que nous sachions, en biologie, les savants continuent de
s’émerveiller de la reproduction des espèces dès qu’il y a fécondation. Et
quand il s’agit de créer la vie in vitro, les gens sont tout excités par les
merveilles de la science ! Nous trouvons donc assez désolant de voir qu’on
ridiculise les manuels scolaires qui s’émerveillent devant la beauté du
développement d’un embryon humain.
Une autre erreur
évidente de l’approche de certains progressistes est de ne citer qu’une partie
de la vérité. Ainsi, le communiqué mentionne une étude de l’Université
Columbia, qui a démontré que « Les jeunes ayant fait des vœux d’abstinence
recourent moins à la contraception quand ils ont tout de même des rapports et
font moins de dépistage de MST (ou MTS) ». Ce qu’il ne faut pas oublier de
dire toutefois, c’est que malgré cela, cette recherche a néanmoins démontré que
les jeunes filles qui avaient reçu l’enseignement de l’abstinence étaient deux
fois moins à risque de vivre une grossesse indésirées et que les garçons comme
les filles n’avaient pas plus de chance d’avoir une MTS que les autres.
Nous croyons donc
qu’il est faux de dire que les jeunes qui ont reçu l’enseignement de
l’abstinence se font conter des pipes !
[1] Voici l’article en question :
Les
Américains se font conter des pipes !
Le sida traverse les préservatifs, l’avortement rend les femmes dépressives, un embryon de 6 semaines "peut être considéré comme une personne consciente": des manuels d’éducation sexuelle multiplient les aberrations scientifiques pour prêcher l’abstinence aux jeunes Américains. Alors même que l’État fédéral finance généreusement les programmes d’éducation sexuelle prêchant l’abstinence comme seule méthode efficace contre maladies et grossesses non désirées, l’enseignement dispensé contredit bien souvent les positions des autorités sanitaires. Un rapport parlementaire indique que sur 13 des manuels les plus populaires utilisés dans 25 des 50 États américains, onze contiennent "des erreurs majeures et distorsions" de faits. Globalement, ils "déforment la réalité sur l’efficacité des contraceptifs, donnent de fausses informations sur les risques de l’avortement, entretiennent un flou entre science et religion, traitent comme des faits
avérés des stéréotypes sur filles
et garçons, et contiennent des erreurs scientifiques de base", selon le
rapport commandé par un démocrate californien,
Henry Waxman.
Le résultat, c’est que, mal informés, les jeunes ne savent pas se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) et éviter les grossesses. "Les jeunes ayant fait des vœux d’abstinence recourent moins à la contraception quand ils ont tout de même des rapports, et font moins de dépistage de MST", constate une étude récente de l’Université Columbia.
Bien souvent teintés de positions défendues par des organisations religieuses ultra-conservatrices, certains manuels présentent l’avortement comme une procédure particulièrement dangereuse, et meurtrière, puisque des embryons à peine formés sont considérés comme des personnes à part entière. Ainsi un manuel intitulé "moi, mon monde, mon avenir" affirme que "5 à 10% des femmes ne pourront jamais plus être enceintes après un avortement légal". "En fait, précise le rapport, les manuels d’obstétrique enseignent que la fertilité n’est pas altérée par un avortement volontaire".
À en croire le même manuel, contredit par les recherches médicales, un avortement multiplierait aussi les risques de naissances prématurées et de grossesses extra-utérines ultérieures, et "après un avortement, selon certaines études, les femmes sont plus prédisposées au suicide".
Par ailleurs, "plusieurs programmes présentent comme des faits scientifiques des définitions morales ou religieuses" des embryons. L’un d’eux explique qu’"à 43 jours, des ondes électriques sont détectables dans le cerveau, preuve d’une activité mentale. Cette vie nouvelle peut être considérée comme une personne consciente". Sur la contraception, un manuel affirme que "dans les rapports hétérosexuels, dans environ 31% des cas les préservatifs n’empêchent pas (la contamination) par le virus VIH". En fait, selon les CDC fédéraux (Centres de prévention des maladies), "les préservatifs en latex fournissent une barrière étanche contres les particules de la taille des pathogènes de maladies sexuellement transmissibles" (MST).
Concernant les rapports sans pénétration, "un manuel affirme que toucher le sexe d’un partenaire peut aboutir à une grossesse". Certains ouvrages affirment que toute activité sexuelle accroît le risque de cancer de col de l’utérus. D’autres enseignent par ailleurs que "les problèmes de santé mentale sont une conséquence de l’activité sexuelle, sans prendre en compte le fait que ces problèmes peuvent eux-mêmes être à l’origine d’une activité sexuelle précoce, ou que problèmes psychologiques et sexualité précoce peuvent avoir une même origine", souligne le rapport.