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Le
couple hétéro en péril?
Comme
Le
mariage en procès :
Au cours des
années 1920 et 1970, en particulier, les activistes de la révolution sexuelle
et du féminisme ont combiné leurs efforts pour détruire la vision du mariage.
Ainsi des disciples de Sigmund Freud comme William Reich et Herbert Marcuse ont
contesté l’approche conservatrice de Freud. En effet, le père de la psychanalyse
prônait l’équilibre entre les pulsions libidinales et les forces morales. Il a
déclaré que le « moi » devait assumer la paix entre ces deux pôles
psychiques, sans quoi toute vie en société serait impossible. Cependant,
certains de ses disciples ne voyaient pas les choses du même œil. Reich a parlé
de l’économie sexuelle. Il pensait, entre autres, que les agresseurs sexuels
disparaîtraient lorsque les hommes et les femmes seraient libres d’exprimer
leur énergie sexuelle en fonction de l’offre et de la demande[1].
Marcuse pensait, quant à lui, qu’un nouvel ordre moral serait spontanément créé
dans une société de loisirs axée sur le plaisir et la consommation[2].
Les convictions communistes des deux hommes ont aussi contribué à cette thèse.
Par exemple, dans son livre intitulé La révolution sexuelle, Reich a
cité G.G.L. Alexander : La thèse communiste est que la réalisation
progressive d’une organisation radicalement nouvelle de la vie sociale
entraînera la disparition du problème du mariage en tant que problème social.
[…] L’amour non partagé, avec ses séquelles de solitude et de souffrance,
n’aura guère de raison d’être dans une société qui propose des tâches et des
joies collectives, une société où les peines individuelles n’ont plus
d’importance[3].
De
leur côté, les femmes étaient depuis longtemps insatisfaites à cause de
diverses injustices. Certaines d’entre elles réclamaient plus de pouvoir. Déjà
en 1792, Mary Wollstonecraft, considérée aujourd’hui comme une avant-gardiste
du mouvement féministe, a écrit que la femme resterait une esclave tant qu’elle
utiliserait la ruse pour parvenir à ses fins[4].
Le féminisme a finalement pu se propager grâce à la libération sexuelle des
années 1920 et 1970. Hazel Hunkins-Hallinan, militante de la première vague,
dans un discours prononcé pour accueillir les jeunes féministes de la seconde
vague, a dit ceci : Autrefois, les femmes répétaient avec insistance
qu’elles ne cherchaient pas à bouleverser la société ni à détrôner Dieu. En
fait, leurs actes menaçaient le mariage, la famille, la propriété privée, mais
elles s’efforçaient de calmer les craintes des conservateurs[5].
La deuxième vague du féminisme a été plus agressive. Certaines femmes ont cherché à accéder au pouvoir comme Betty Friedman, qui a influencé le congrès américain et a fonde la National Organization of Woman (NOW). D’autres contribuèrent à l’émancipation des femmes en écrivant. En 1969, Kate Millett a ouvert le bal en publiant La politique du mâle. Dans ce livre, elle a déclaré : Pour mener à bien cette révolution sexuelle, il faudrait peut-être, avant tout, en finir définitivement avec les inhibitions et les tabous sexuels, en particulier avec ceux qui menacent le plus le mariage monogamique traditionnel : l’homosexualité, « l’illégitimité », l’activité sexuelle avant et hors mariage et pendant l’adolescence [...] cette révolution aurait pour objectif d’établir un principe unique de tolérance [...] le principe d’une liberté totale en matière de sexualité. D’autres écrits ont été aussi très populaires : La femme eunuque de Germaine Greer (1970); Free and female: The Sexual Life of the Contemporary Woman de Barbara Seaman (1972) et bien d’autres encore comme Le Rapport Hite (1976), qui se voulait une description objective de la sexualité des Américains, était, en fait, fortement teinté par la thèse féministe. Enfin, des activistes radicales ont proclamé haut et fort la libération sexuelle allant jusqu’à déclarer la guerre des sexes. Valérie Solonas de la Society for Cutting up Men (SCUM) a été emprisonnée en 1968 pour avoir tiré avec une arme à feu sur un homme. C’était aussi l’époque où les femmes de la Woman International Terrorist Conspiration of Hell (WITCH) se promenaient dans les rues sans soutien-gorge.
Les
conséquences de la révolution sexuelle et du féminisme radical :
Quelles ont été les
conséquences sociales de ces deux mouvements? Certains changements ont été
positifs. Il est maintenant possible de parler de sexualité sans rougir.
L’inceste a été dénoncé. Les droits des femmes sont maintenant beaucoup mieux
respectés. Cependant, le changement radical de valeurs dont nous avons hérité a
causé aussi des pertes. Ainsi la recherche du plaisir et de la satisfaction
personnelle à court terme a entraîné l’incapacité de se battre pour l’idéal du
bonheur familial. Les couples sont devenus instables. L’amour n’est plus centré
que sur ses aspects émotionnels et érotiques[1].
Il est plus difficile désormais pour les hommes et les femmes de faire équipe
et de se battre pour un projet de vie commun.
Moins de mariages :
Nous avons donc assisté au cours des dernières années à une chute du nombre de mariages. L’outil statistique le plus fiable pour mesurer le phénomène est le taux de nuptialité. Ce taux est passé au Québec de 8,8 en 1951 à 3,2 en 1996[6], ce qui signifie qu’il n’y a plus que 3,2 personnes par 1000 habitants qui se marient chaque année. Parmi les pays dont on connaît les statistiques de nuptialité, aucun n’affiche des indices plus faibles que ceux du Québec. Cependant, l’Ancienne Allemagne de l’Est, maintenant appelée les Nouveaux Länder, connaît une chute de cet indice, qui est de 0,32[2] en 1994 chez les hommes. Plusieurs pays ont vu, il y a quelques années, leur indice baisser à un niveau proche de 0,50, notamment la France et les pays nordiques[7]. En effet, la moyenne européenne des taux de mariages était de 5,0 par 1000 habitants en 1997 et de 6,3 en 1980. Le Danemark ne suit pas la tendance et connaît un regain de son taux de nuptialité. Une hausse de 5,2, en 1980, à 6,5, en 1997, a été enregistrée. La Suède a le taux le plus bas parmi 46 pays d’Europe dont les statistiques sont connues. Seulement 3,6 Suédois pour 1000 habitants se marient chaque année[8].
En France, le mariage est à la baisse depuis 1972. En valeur absolue, le nombre de célébration est passé de 400 000 à seulement 271 124 en 1988[9]. De plus, la tendance actuelle est de se marier à un âge avancé. En 1996, au Canada comme en France, c’est entre 24 et 31 ans qu’on a observé le plus de premiers mariages. L’âge moyen des hommes américains au jour de leur premier mariage est de 26,7 ans et celui de leurs compagnes est de 24,5 ans[10]. L’abandon du mariage s’explique par la popularité de deux nouvelles manières de vivre les relations conjugales : les relations sexuelles occasionnelles entre célibataires ne vivant pas sous un même toit et l’union libre.
Plus de divorces :
Déjà, à la fin du XIXe siècle, on recensait à Vienne et à
Zurich des taux de divorce d’environ 20 %. Le phénomène s’est installé
définitivement en Occident au début du XXe siècle. En Occident, les
années 1950 ont été une période d’accalmie au milieu de cette montée constante
du phénomène du divorce. Aux États-Unis, le taux de divorce a doublé entre 1960
et 1980[11]. De
1969 à 1996, les statistiques canadiennes indiquent un accroissement du taux de
divorce de 600 %. L’Ontario a le taux de divorce le plus élevé au Canada[12].
L’indice de divortialité des Québécois dépasse largement celui de la moyenne
canadienne[13]. Le phénomène du divorce
commence maintenant à atteindre le reste de la planète. Par exemple, en Chine,
le taux de divorce est passé de 4 % en 1980 à 26 % en 1995. Au Japon, le taux
de divorce a plus que doublé de 1970 à 1996[14].
Chypre détient toujours le record du plus bas taux de divorce de la Grande
Europe (46 pays). Malgré cela, le taux de divorce a également doublé dans ce
pays de 1980 à 1997[15]. Le
gouvernement chypriote estimait à 15 % les risques d’un couple qui se mariait
en 1995 de vivre un divorce[16]. Le
taux de divorce augmente aussi parmi les populations africaines traditionnellement
polygames. L’éthologue Helen Fisher a observé des taux de divorce de 33 % chez
les Kungs, de 50 % chez les Hadzas en Tanzanie et de 46 % chez les Yorubas dans
l’Ouest africain[17]. C’est dire
l’universalité du phénomène!
Moins d’enfants :
On a observé depuis le début des années 1960 une baisse constante de l’indice de fécondité des femmes. Au Québec, le démographe Louis Duchesne rapporte que le nombre moyen d’enfants par femme était de quatre pendant les années 1950[18]. Ce taux a chuté de façon dramatique pendant les années 1960 pour se situer à 2,1 en 1970. L’indice synthétique de fécondité s’est maintenu autour de 1,7 dans la décennie qui a suivi; puis, il a atteint un creux en 1987 à 1,35. Au début des années 1990, on a assisté à une reprise légère de la natalité, à 1,65 en 1991 et 1992. Cette tendance ne semble pas avoir persisté, cependant, puisqu’on a assisté à partir de 1993 à une nouvelle décroissance du taux. En 1996, l’indice synthétique de fécondité était de 1,57 au Québec, et de 1,59 dans l’ensemble du Canada. Duchesne compare la situation québécoise à d’autres pays. Les États-Unis et la France se situent au haut de l’échelle avec respectivement des indices de 2,2 en 1995 et 1,72 en 1996. L’Italie et l’Allemagne, à l’autre extrémité, connaissent une forte dénatalité et des indices aussi bas que 1,22 et 1,29 en 1996.
Causes
de la hausse des divorces
Moins de mariage! Plus de divorce! Moins d’enfants! Ce que vous venez de lire ne vous confirme-t-il pas que la famille est en péril? Et c’est le cas parce que les couples hétérosexuels ont de plus en plus de difficultés à vivre ensemble? Depuis la révolution sexuelle, le mariage n’est plus un idéal collectif et le divorce semble être une solution facile aux difficultés de bien des couples. Je ne dis pas que rien ne justifie le divorce ou la séparation[3] d’un couple. La plupart des couples qui vivent un divorce ne le font pas par plaisir. Plusieurs d’entre eux vivent depuis longtemps une souffrance intérieure intense. Et dans bien des cas, cette souffrance précède le mariage. La relation est perturbée par d’anciennes blessures. Mais il est également vrai que bien des gens ne cherchent pas d’aide dans ces situations parce qu’il leur semble plus facile de repartir à zéro plutôt que de régler des conflits ou se remettre soi-même en question. De plus, un bon nombre de divorces semblent n’être liés qu’au besoin de recommencer ailleurs parce que la monotonie a tué la passion. Pourquoi cette perte du désir de persévérer ensemble? Pourquoi les couples ne se battent-ils plus pour conserver le bonheur d’être partenaires pour la vie? Quels sont les facteurs sociaux qui ont contribué à la montée en popularité du divorce?
La journaliste Béatrice Bantmann nous décrit dans sa Brève Histoire du sexe comment, au XIXe siècle, le mariage servait davantage les intérêts financiers des familles que les histoires de cœur des conjoints. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que plusieurs ont eu du mal à s’adapter à leur partenaire. La femme s’ennuyait à la maison et l’homme était souvent infidèle[19]. L’éthologue américaine Helen Fisher croit que le mouvement féministe serait une cause sociale importante pour expliquer l’augmentation des divorces. Les femmes ont été encouragées à rechercher une liberté qui leur était promise en quittant le foyer[20].
Selon Fisher, l’acquisition de l’indépendance économique par les femmes a été le facteur clé conduisant a des taux de divorce élevés. Elle a observé qu’à l’ère romaine, le divorce a augmenté quand les femmes ont été plus en mesure de subvenir à leurs propres besoins[21]. On peut se demander toutefois si l’indépendance économique précède ou suit le divorce. Le chercheur Weitzman soulignait, en 1985, que le phénomène du divorce était en lui-même un incitatif au travail pour la femme moderne. En effet, dans un monde où la moitié des mariages se terminent par un divorce, un monde où on attend des deux époux qu’ils soient rapidement indépendants sur le plan économique après le divorce, il devient risqué de consacrer beaucoup de temps, d’argent ou d’énergies dans son mariage et plus rationnel de faire fructifier son propre capital et de développer ses habiletés personnelles[22]. Finalement, le conflit entre carrière et vie de couple expliquerait aussi une partie des divorces enregistrés.
L’adultère est aussi souvent cité comme une cause qui conduit les couples à se séparer. L’anthropologue Betzig considère qu’il s’agit de la première cause de divorce. En effet, malgré toutes les théories de la révolution sexuelle, les lois psychologiques de la confiance et de la fidélité sont demeurées imperturbables. Rares, donc, sont les couples qui ont pu survivre à l’infidélité d’un des conjoints. Les autres causes du divorce sont, selon Betzig, en ordre d’importance, la stérilité, la cruauté et les troubles de personnalité[23]. Exception faite de la stérilité, les mêmes causes sont énumérées en France, mais dans l’ordre inverse. Ainsi, 55 % des Français se séparent à cause d’une mésentente profonde causée souvent par des troubles de personnalité et de 20 % à 37 % des divorces sont reliés à l’alcoolisme d’un des partenaires. La violence conjugale a joué un rôle important dans 36,9 % des divorces, et l’abandon ou l’infidélité sont mentionnés dans 31 % des cas[24].
Plusieurs auteurs s’accordent aussi à dire que l’arrivée de la pilule contraceptive aurait eu une grande influence en permettant aux parents, à la mère surtout, d’être libre d’attaches et de pouvoir chercher un autre conjoint[25]. On peut se demander cependant si la technologie contraceptive est la seule explication à la limitation des naissances. L’historien Jean-Louis Flandrin met ce raisonnement en doute. L’essentiel, selon lui, s’explique par une transformation du rapport parents-enfants qui serait survenue au Moyen Âge. La responsabilité des parents envers leurs enfants s’est accrue au cours des siècles. Le résultat est qu’en Occident, nos contemporains regardent leurs enfants plutôt comme un fardeau, quelque chose qui restreint leur liberté, leur richesse, et n’augmente certainement pas leur puissance comme ce fut le cas du temps des générations passées. D’ailleurs, la mentalité qui existe dans le reste du monde est différente, même là où les moyens contraceptifs sont fournis gratuitement. Ainsi, dans plusieurs pays non occidentaux, les enfants sont en général reconnus comme un bien précieux qui assurent la survie de leurs parents. La pilule contraceptive n’est donc pas la véritable responsable des évènements[26]. Elle est, cependant, l’outil qui a permis aux adultes occidentaux de se libérer de la responsabilité de la famille pour vivre plus intensément leurs passions amoureuses.
Fisher considère que l’avènement des grandes villes a aussi créé un contexte impersonnel favorable au divorce. Les petites communautés consolidaient les mariages en soutenant le couple dans ses difficultés et en surveillant l’adultère. Nos villes modernes ne jouent plus ce rôle[27]. L’historienne Martine Segalen décrit l’importance accordée, au XIXe siècle, à la bonne réputation. Il ne fallait pas avoir eu plus de deux ou trois courtisans avant de se marier. Le partenaire devait être « un bon parti ». Il était souvent choisi par les parents. Si une incontinence fortuite venait à engendrer une grossesse, on devançait le mariage. Plus il y avait disparité des richesses dans une région donnée, plus on surveillait les relations des jeunes, parce que l’enjeu économique était plus important. La cohésion sociale jouait donc un rôle[28].
L’Église a aussi joué un rôle dans la surveillance de la fidélité des couples. Au cours des siècles, elle a réprimé plusieurs fois la tendance au libertinage. Lorsque les mœurs se relâchaient, l’Église recommandait aux gens de se marier plus tôt. Avec l’accroissement des villes, au XIXe siècle, l’Église a perdu le contrôle sur la masse ouvrière. La syphilis s’est répandue dans les grandes agglomérations. Les hommes allaient à la recherche de jeunes paysannes vierges pour étancher leur pulsion tout en évitant d’être contaminés. Martine Segalen laisse entendre que ce n’est pas un hasard si le culte de la Vierge s’est fortement accentué dans les campagnes au XIXe siècle. Selon elle, il servait, entre autres, à préserver les jeunes filles qui étaient des proies faciles pour les hommes de la ville[29].
En Occident, les normes morales ont progressivement disparu. Il en résulte que la société est devenue moins stable. Autrefois, le pouvoir était construit sur des institutions qui véhiculaient une pensée. Aujourd’hui, la notion de croissance économique est la principale source de changement social. Le pouvoir de l’opinion publique et de divers groupes de pression est aussi bien réel dans les sociétés démocratiques. Mais les grands idéaux semblent céder la place à la simple revendication des intérêts personnels de diverses minorités. Dans ce contexte, les lois sociales sont souvent nivelées vers le bas. La société pluraliste prêche la tolérance afin de satisfaire le plus grand nombre d’individus possible. Il s’agirait là d’un autre facteur influençant l’apparition des nouvelles formes matrimoniales. Différents chercheurs ont démontré une association entre diverses réformes facilitant le divorce et la hausse de ce phénomène[30]. Le même principe s’applique à la redéfinition du mariage traditionnellement hétérosexuel.
La consommation de masse a aussi son rôle à jouer. Les médias font continuellement appel à la sexualité pour enrichir leurs propriétaires. Aujourd’hui, l’œil humain est inondé par l’image du corps. Le désir est sans cesse stimulé. Il devient facile de confondre plaisir et bonheur, parce nous sommes sans cesse bombardés d’images sexuelles virtuelles. Les idoles médiatiques influencent nos comportements et laissent dans leurs sillages les malheureuses victimes qui n’ont pas su discerner la fiction de la réalité.
Notre société de consommation nous encourage de plus à posséder davantage de biens matériels. Le pourcentage des familles biparentales dont les deux parents travaillent n’a pas cessé de croître au Canada. De 43 % en 1981, ce nombre a grimpé à 60 % en 1996. Les taux sont presque aussi élevés pour les familles ayant des enfants d’âge préscolaire, soit respectivement 38 %, en 1981 et 56% en 1996[31]. Il y a 30 ans, l’arrivée de la femme sur le marché du travail assuraient aux familles un surplus qui leur permettait d’acquérir des biens luxueux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui pour bien des familles. Le ménage canadien a besoin de 76,8 semaines de travail payé par année pour couvrir ses dépenses[32]. Face à de fortes pressions économiques, le couple n’a plus de marge de manœuvre pour tenter un ralentissement des activités. Or, certaines circonstances de la vie demanderaient un ajustement à la baisse de la production économique : maladie, besoins d’un membre de la famille ou, simplement, le processus normal du vieillissement. Plusieurs couples ne toléreront pas une telle pression. Ces familles succomberont devant un événement imprévu. Leur capacité d’adaptation sera submergée.
Nous sommes loin des beaux jours où il était possible de pourvoir aux besoins de tous à l’aide d’un seul salaire et de moins de stress. Les difficultés que vivent les couples dans notre société sont nombreuses : tension au travail, horaires chargés, absence d’un conjoint à la maison pour s’occuper des tâches ménagères. Il en découle que les parents sont fatigués, ils ont des soucis et ont peu de temps pour communiquer ensemble. Les enfants se sentent parfois abandonnés et les mères ressentent souvent de la culpabilité. Mona-Josée Gagnon, professeure au Département de sociologie de l’Université Laval, décrit bien la situation des travailleurs, hommes ou femmes : Les nouvelles formes de travail sont paradoxales, car elles donnent l’impression de libérer le travailleur. Rien n’est plus faux. Il y a ceux qui travaillent trop, ceux qui ne travaillent pas suffisamment et les autres. Le travail, c’est aujourd’hui une raison d’être. Sans lui, vous n’êtes rien[33].
Conclusion :
En somme, comme la chercheure Nathalie Dyke
l’interprète, le phénomène du divorce et de la dénatalité (voir l’article de
Gérard Gosselin) seraient l’aboutissement des valeurs sociales actuelles. Pourquoi
se casser la tête et faire des concessions quand la société tout entière clame
qu’il faut être heureux à tout prix, se réaliser soi-même, être en harmonie
avec son « moi-intérieur »? Pourquoi tolérer une situation
malheureuse quand on peut la fuir? Mais comment peut-on créer une famille avec
cette façon de voir les choses [34]?
Je pense qu’on peut parler d’une véritable crise des hétéros. Le Québec se distingue par la très grande popularité des unions libres au sein de sa population. Luc Chartrand disait dans un numéro spécial de L’actualité : Les Québécois [...] sont les champions mondiaux de l’union libre (seulement le tiers des Québécois se marient), les champions nord-américains du divorce (50 %) et les champions canadiens en ce qui a trait aux naissances hors mariage (48,5 %). En clair, l’instabilité des familles est plus grande au Québec que dans la plupart des pays industrialisés[35].
Cher lecteur, que votre pays soit un champion ou non de l’éclatement de la famille, je crois que nous devrions tous être fort inquiets en face de ce problème typique de notre société moderne. Chasteté-Québec croit que le mariage doit être une valeur inscrite dans les mœurs de toute société qui veut prospérer. Il n’est pas nécessaire de répéter certaines erreurs du passé pour redécouvrir que la fidélité conjugale est nécessaire à l’épanouissement de la famille et à la richesse collective. À nous d’écouter les leçons de l’Histoire et de chercher des solutions pour le monde d’aujourd’hui.
Les partisans de la révolution sexuelle croyaient que la disparition de la notion de famille nucléaire serait un apport positif pour la société et les individus, elle nous conduit tout droit à un génocide collectif. De plus, la disparition de la famille entraîne de multiples problèmes chez les individus et dans la société. Leur analyse dépasse le cadre de cet article. Il suffit pour l’instant que nous prenions conscience de l’ampleur du problème et que nous commencions à chercher des solutions. Nos gouvernements ne remettront à l’ordre du jour les questions fiscales susceptibles d’améliorer le sort des familles que lorsque plusieurs d’entre nous aspirerons à mettre le projet familial au centre de leurs priorités. D’autres lois peuvent améliorer le sort des familles. Par exemple, le 8 mars 2003, lors du premier Congrès international de la condition masculine, Serge Ferrand, auteur du film Entre père et fils[36], disait : On pourrait exiger, comme l’État de Californie et deux autres États américains viennent de le faire, que la co-parentalité équitable soit obligatoire après le divorce. Un parent peut se désengager de sa responsabilité paternelle, mais c’est le choix de ce parent. La co-parentalité devrait être obligatoire, qu’on ait pas à discuter là-dessus. Le taux de divorce, en Californie, a diminué de 30 % à 40 % après cette loi. Cette mesure simplifie les discussions visant à déterminer qui a la garde des enfants lors des divorces et fait aussi prendre conscience aux parents qu’ils sont responsables des enfants qu’ils ont mis au monde. C’est tout de même intéressant de voir qu’une initiative aussi simple a diminué le taux de divorce de façon considérable. Ces couples ne devaient pas être si malheureux que cela après tout!
[1] Je ne dis pas qu’il faut négliger ces aspects. Mais l’ingrédient amitié par lequel on s’engage à être un fidèle soutien l’un de l’autre me semble tout aussi important que la passion et l’attirance physique dans un mariage.
[2] Exprimé pour cent habitants et non pour mille. Donc, le même taux qu’au Québec.
[3] Le « divorce » implique la séparation des biens et la fin du mariage, avec ou sans remariage. Un couple marié peut choisir de se séparer sans divorcer. Pour un couple non marié, on doit toujours utiliser le terme « séparation ».
[1] Reich, W. La révolution sexuelle - Pour une économie caractérielle de l’homme, Christian Bourgois, 1982.
[2]
Marcuse, H. Eros et civilisation, Éditions de Minuit, Collection
Points, 1963.
[3]
Reich, W. La révolution sexuelle - Pour une économie
caractérielle de l’homme, Christian Bourgois, 1982. p. 238.
[4]
Wollstonecraft, M. A Vindication of the Rights of Woman, 1792, p.
378.
[5] Greer G. La femme eunuque, Laffont, coll. « J’ai lu », 1971, p. 12.
[6] Bureau de la statistique du Québec, 24 novembre 1997.
[7] Duchesne, L. La situation démographique au Québec : édition 1998, Bureau de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec, décembre 1998, p. 65.
[8] Focus on facts of life (and death) in 46 European countries, Eurostat Presse release, http://europa.eu.int/search97cgi/s97_cgi? August 1998.
[9] Oger, A. Enquête sur la vie très privée des Français, Laffont, 1991, p. 257.
[10]
[11] Fisher, H. Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 124.
[12]
O’Leary, D. Divorce : Can we do better?, Faith Today, Nov/Dec
1998, p. 20-27.
[13] Duchesne, L. La situation démographique au Québec : édition 1998, Bureau de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec, décembre 1998, p. 68.
[14]
Crouch, J. Non-U.S. Divorce Rates, Divorce Reform page, sponsored
by Americans for Divorce Reform: divorcereform@usa.net, www.divorcereform.org/nonus.htm
[15]
Focus on facts of life (and death) in 46 European countries,
Eurostat Presse release, http://europa.eu.int/search97cgi/s97_cgi? August 1998.
[16]
The Cyprus Government, Ministry of Finance: Department of Statistics and
Research, Demography for 1995,
http://www.kypros.org/DSR/html/demography_for_1995.htm
[17] Fisher, H. Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 115.
[18] Duchesne, L. La situation démographique au Québec : édition 1998, Bureau de la statistique du Québec, Gouvernement du Québec, décembre 1998, p. 47-49.
[19] Bantam, B. Brève Histoire du sexe, Calmann-Lévy 1997, p. 61-63.
[20] Fisher, H., Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 115, 343, 348-349.
[21] Fisher, H. Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 115, 343, 348-349.
[22] Bachrach, C. Sonenstein F, Male Fertility and Family Formation : Research and Data Needs on the Pathways to Fatherhood, Report of the Working Group on Male Fertility and Family Formation, p.13. (Traduction de l’auteur).
[23] Fisher, H. Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 112.
[24] Oger, A. Enquête sur la vie très privée des Français, Laffont, 1991, p. 305.
[25] Fisher, H., Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 342-343. Également, B. Bantam. Brève Histoire du sexe, Calmann-Lévy, 1997, p. 75.
[26] Flandrin, J.L. Le sexe et l’occident, évolution des attitudes et des comportements, Seuil, 1981, p. 11.
[27] Fisher, H. Histoire naturelle de l’amour, Laffont, 1993, p. 339.
[28] Bardet, J.P. et coll. La première fois, ou le roman de la virginité perdue à travers les siècles et les continents, Ramsay, 1981, p. 121-124.
[29] Bardet, J.P. et coll. La première fois, ou le roman de la virginité perdue à travers les siècles et les continents, Ramsay, 1981, p. 125, 135.
[30]
Lillard, Brien and Waite, 1995 ; cité dans C, Bachrach et F. Sonenstein,
Male Fertility and Family Formation: Research and Data Needs on the Pathways
to Fatherhood, Report of the Working Group on Male Fertility and Family
Formation, p. 13.
[31] Statistique Canada, Le Quotidien, mardi 9 juin 1998.
[32] Bulletin de nouvelles de L’APDC résumant les statistiques canadiennes et le Globe & Mail du 9 février 1998.
[33] Sauvé, M.R. Travailler, c’est trop dur?, Les Diplômés, printemps 1997.
[34] Turenne, M. Le drame des père du dimanche : L’actualité, 15 octobre 1997.
[35] Chartrand, L., Père manquant, famille manquée, L’actualité, 15 octobre 1997.
[36] Ferrand, S. Entre père et fils, Les
Productions Icotop Inc., Québec, Canada.