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LE QUÉBEC, une société
menacée dans ses assises
Union libre, éclatement des ménages, avortement, dénatalité
par Gérard GOSSELIN
(Député du Parti québécois, dans Sherbrooke, de 1976 à 1981)
courriel : journalfamille@hotmail.com
Texte également disponible sur le site : http://www.vigile.net/
Ce texte a été rédigé suite à une communication devant les membres et les invités du groupe Population et avenir, au 9 Faubourg-Poissonnière, 75009 Paris, le 28 avril 1999.
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La société québécoise, une société en voie de désintégration, engagée dans un déclin accéléré, menaçant sa survie, … à moins d'un ressaisissement vigoureux des pouvoirs publics et d'une politique familiale globale. « Pour une petite société comme nous, le niveau actuel de dénatalité, c'est mortel. », a déclaré René Lévesque[1]. Nous sommes un tout petit peuple en Amérique, le seul peuple d'origine et de culture française sur le continent américain. À peine 7 millions d'habitants. Si, après avoir survécu à la conquête britannique, coupé des liens vitaux avec la mère patrie pendant 200 ans, le Québec a pu grandir, s'affirmer au cœur de l'Amérique dans son identité française, c'est avant tout grâce à une vie familiale forte, facteur de cohésion qui a apporté davantage que la survivance. Le Québec a produit une société tout à fait originale sur ce continent.
Mais la société québécoise des années 2000 apparaît menacée d'extinction par l'effet d'une érosion qui pourrait être fatale. Les fondements mêmes de cette société sont attaqués. Pourtant, nous avons pu illustrer au cours du 20e siècle une vitalité étonnante, témoigner d'une vie communautaire riche et particulièrement inventive, alors que, pendant la plus grande partie de ce siècle, nous étions une société pauvre. Nous avons construit un capital collectif à partir de rien, pratiquement; nous avons érigé des entreprises, dont certaines font notre fierté dans le monde. Nous diffusons nos meilleurs talents en France, et jusqu'aux États-Unis. Mais notre investissement le plus sérieux, pendant la première moitié du siècle, c'est sur la famille que nous l'avons fait. Ainsi les citoyens québécois ont compté pour près du tiers de la population du Canada (29 % en 1950). Ils comptent aujourd'hui pour moins du quart, avec 24 %.
Cet héritage est aujourd'hui menacé, compromis par la forte érosion des valeurs. La promotion de la vie, et la construction d'un monde d'harmonie et de progrès pour que les générations futures y vivent plus heureuses, telles ont été les orientations porteuses qui auront guidé toutes nos énergies jusqu'à ces dernières décennies. Mais voilà que tout se passe maintenant comme si nous avions été happés par l'individualisme dominant en Amérique, au point de voir nos vies en être totalement perturbées, alors même que nous nous ouvrions sur le monde. Les Québécois ont désormais une vie familiale fort instable. Nous affichons des taux accablants d'échec de vie matrimoniale; nous manifestons une désaffectation importante à l'égard du mariage et de l'engagement à avoir des enfants. Ce qui ne manque pas d'être inquiétant pour l'avenir cause bien des dégâts dans le temps présent. Nous détenons d'autres records troublants dans l'augmentation des taux de suicide chez les jeunes, de même que des avortements chez les femmes. Faut-il encore ajouter que « nous avons, au Québec, le plus haut taux de stérilisation volontaire au monde (vasectomie et ligature des trompes) » (voir l'entrevue accordée par la chercheuse Louise Vandelac, dans la revue Châtelaine de janvier 1999). Comment ne pas supposer que tous ces phénomènes sont reliés de quelque façon les uns aux autres ?
Voyons cela de plus près. L'indice de fécondité au Québec pour 1998 serait confirmé à 1,4 enfant par femme (rapport du Bureau de la statistique du Québec pour 1998, publié en janvier 1999). Les naissances qui surviennent chez les Québécoises françaises de souche pourraient être de 50 % inférieures en nombre à ce qu'il faudrait pour que le renouvellement des générations soit assuré dans l'affermissement du caractère distinctement français de la société québécoise. Quoique raffermie dans le créneau d'un recrutement mieux orienté à assurer l'accueil en plus grand nombre de nouveaux citoyens francophones, notre politique d'immigration ne permet pas de rétablir les équilibres mis en cause par la dénatalité. La croissance démographique a pris un ralenti depuis quelques décennies, avec un taux moyen de 0,5 %. « La croissance migratoire est nettement plus faible au Québec que dans les autres provinces canadiennes; par exemple, en 1996, elle était de 0,8 pour 1000 au Québec, de 9,7 pour 1000 en Ontario et de 12,8 pour 1000 en Colombie-Britannique, de sorte que le Québec n'accueille qu'environ 15 % des immigrants qui viennent au Canada, ce qui est plus faible que son poids démographique dans le pays », commente la démographe Évelyne Lapierre-Adamcyk dans une intervention en mars dernier devant un regroupement d'organismes familiaux. « Certains démographes prédisent que les francophones seront minoritaires dans l'île de Montréal d'ici 2005 », rapporte La Presse du 27 avril 1999. Dans le même article, on peut lire les propos de la Ministre responsable de la politique de francisation, qui ne fait cependant pas mention du besoin de relever la natalité. « L'avenir du français et des 2 % de francophones vivant sur le continent américain, à l'ombre de la plus grande superpuissance de tous les temps, cela doit devenir un sujet de réflexion collectif », soutient Louise Beaudoin, qui est également ministre des Relations internationales.
Le Québec est la province qui fournit le moins de jeunes de moins de 15 ans parmi toute la population canadienne. 19,2 % des jeunes Canadiens naissent au Québec en 1996 (Statistiques Canada). Vingt-cinq ans plus tôt (1971), cette proportion était de 29,6 %. De 1980 à 1995 (15 ans), il y a près de 50 000 jeunes québécoises de moins dans le groupe d'âge des 14-18 ans (MSSS : statistiques fournies par Madeleine Rochon[2]). Par ailleurs, depuis le début des années 1990, les Québécoises de souche française européenne forment le groupe le moins fécond au Québec, les Anglo-québécoises et les nouvelles populations immigrantes sont plus fécondes, mais les groupes aborigènes ont encore les plus hauts taux de natalité (Les francophones font moins d'enfants que les anglophones au Québec, La Presse, 2 juin 1993). En 1951, 20 % des enfants vivaient dans des unités familiales de 6 enfants et plus, – ces unités familiales fortes assuraient de façon naturelle la socialisation des individus. Aujourd'hui, on ne trouve plus que 1 % des enfants de tel environnement familial. La tendance semble de plus en plus accentuée vers l'enfant unique. Des chercheurs s'interrogent : « La probabilité qu'un enfant se retrouve seul est plus grande dans les familles monoparentales et chez les couples en union libre » (Les enfants uniques sont plus nombreux et… isolés, article de François Berger, La Presse, 13 mars 1999). On est en droit de se demander si la politique gouvernementale ne contribuera pas à amplifier ce phénomène au cours des prochaines années. Il ne semble pas en effet qu'on ait pris en compte le fait que la « nouvelle politique familiale », instaurée par Québec en 1997, en appliquant ses critères de préférences et ses aides à la situation vécue par la « nouvelle majorité » des familles, – c’est-à-dire les familles de 1 ou 2 enfants –, pourrait encore faire augmenter le nombre de ces familles au détriment des familles plus nombreuses. Entre 1960 et aujourd'hui, on peut observer une augmentation de 8 % à 25 % de la proportion des femmes sans enfant et une diminution des femmes ayant 2 enfants; réduction plus marquée encore des femmes ayant au moins 3 enfants (de 40 % à 20 %) et de celles ayant 4 enfants et plus (de 30 % à 8 %) ( Évelyne Lapierre-Adamcyk dans l'intervention citée plus tôt). Un tel phénomène n'est guère la manifestation d'une culture porteuse de vie. Voyons également d'autres évolutions qui ne peuvent qu'ajouter à la perplexité de ceux qui cherchent les signes d'une culture porteuse, et qui espèrent, bien sûr, des interventions propices, en vue des relèvements nécessaires face à un taux de natalité aussi bas.
À cause d'un vide juridique sur la question et de mouvements de propagande particulièrement militants, en position d'influence vis-à-vis du gouvernement et en mesure d'assurer une intervention privilégiée auprès des femmes en situation de grossesse, – les IVG (interruption volontaire de grossesse) ayant par ailleurs obtenu depuis un financement public, conformément aux vœux du lobby féministe, ceci contrastant avec les précautions qui avaient accompagné au début la diffusion des pratiques abortives –, on assiste à une augmentation des avortements, qualifiée de « très forte », au cours des dernières décennies, avec un effet d'accélération pour le moins troublant, dans les années les plus récentes. Ainsi, en 1997, il y aura eu autant que 30 000 IVG au Québec. (Il y avait eu moins de 20 000 avortements en 1988, moins de 10 000 en 1977 et moins de 2 000 en 1971). Pour 100 naissances vivantes, on compte 37 avortements. Ce taux serait de 30 au Canada, de 23 en France (Les naissances touchent un creux, les avortements un sommet : rapport du BSQ, La Presse, Montréal, 30 janvier 1999). Que dire encore? Au cours des dernières décennies, on a assisté à une augmentation phénoménale des grossesses chez nos femmes adolescentes (augmentation de 56 % en 20 ans, selon un article de Sylvie Halpern (Ces enfants qui font des enfants, Sélection Readers Digest, mars 1999).
Quel enseignement pouvons-nous tirer de cela? On n'a pas manqué de répandre un certain modèle d'éducation sur le sexe auprès des jeunes. N'est-ce pas l'échec d'une « éducation » appliquée à promouvoir le condom, non pas la continence? « On a beaucoup vanté le condom. […] Par un effet pervers, le succès du condom a entraîné l'accroissement des grossesses », note Anne Saint-Cerny, coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (La Gazette de femmes[3], mai-juin 1999, p. 9). Et s'il y avait quelque chose de plus profond dans ce phénomène? Si ces grossesses étaient avant tout la manifestation d'un instinct, – par ailleurs réprimé, chez les jeunes femmes, l'expression d'un formidable attrait pour la maternité? Cette poussée de vie devrait, en effet, nous interpeller…et nous amener à observer ces pratiques inquiétantes qui se diffusent sans grands débats de société pour réprimer les grossesses. Implants chirurgicaux pour intercepter les fécondations ou interrompre les grossesses, pratiques d'IVG à la chaîne, sans que le recours des parents et/ou des partenaires masculins soit sollicité, banalisation des séquelles que peuvent entraîner ces pratiques, déficience des accompagnements psychologiques et spirituels qu'appelle l'avènement de la vie dans l'être corporel et spirituel des jeune femmes. Pour nos jeunes filles de 14 à 18 ans, qui sont enceintes, l'avortement devient l'issue dans 65 % des cas de grossesse. Qui soignera la blessure béante que laisse l'avortement dans la conscience meurtrie? Comment rétablir la confiance chez ces adolescentes en vue des engagements à la vie matrimoniale? Et l'adoption des enfants à naître? N'est-il pas malheureux qu'on ait abandonné toute réflexion à cet égard et renoncé à proposer l'adoption d'enfants à naître, quand il y a de plus en plus de couples infertiles qui souhaitent adopter un enfant? Ne conviendrait-il pas de chercher à rétablir ces réseaux de solidarité à l'intérieur de la société québécoise, réseaux qui, s’ils se manifestaient encore, permettraient, d’une part, de répondre au désarroi de certaines femmes en situation de grossesse non préméditée, et, d'autre part, de satisfaire au besoin d'enfant d'un grand nombre de ménages, privés des enfants qu'ils désirent.
Cela répondrait également aux grands principes auxquels une partie importante de la population québécoise reste vivement attachée : la vie humaine est sacrée, la vie intra-utérine doit être protégée, le fœtus, parce qu'il a une vie autonome dès les premières semaines de la conception, a des droits qu'il convient de promouvoir et de protéger. (Louise Desmarais, chercheuse, dans La Gazette des femmes précédemment citée, p.18, observe l'avancement des technologies bio-médicales et fait une prédiction qui ne devrait pas nous surprendre : « Je pense que l'on tentera bientôt de démontrer que le fœtus souffre, qu'il a des émotions. Et l'argument du meurtre va rebondir »). Pour ces ménages qui voudraient devenir des foyers d'adoption, on n'offre guère d'autre choix que de recourir à l'adoption internationale. Pas à la portée de toutes les bourses! Il en coûte au bas mot pas moins de 20 000 $ en frais de tous ordres pour adopter un enfant de cette façon. Malgré ces coûts considérables, plus de 912 enfants – le grand nombre provenant de l'Asie, de Chine, particulièrement – auront trouvé au Québec, pour la seule année 1998, un foyer adoptant (Châtelaine, janvier 1999). Le nombre de ces entrées est tel qu'un réel métissage est en train de se produire chez nous, ce qui constitue par ailleurs, à maints égards, un enrichissement culturel, qui aura quelque effet également sur la diversification du tissu génétique du peuple québécois.
Dans le portrait des dérives auxquelles on devrait encore porter attention, sur lesquelles on devrait chercher à agir par des politiques proactives, il y a le douloureux calvaire de la vie matrimoniale des Québécois. Les relations homme-femme sont au niveau le plus bas au Québec. La guerre des sexes a sévi, ouvrant des voies d'exclusion où l'acrimonie exulte. Le couple a plutôt mauvaise presse. Les feuilletons québécois ont eu tendance au cours de la dernière décennie à établir la rectitude politique du côté de la monoparentalité et des unions libres. Ces influences médiatiques, conjuguées à d'autres facteurs, influent sur les conditions de cohésion des projets matrimoniaux. Au point de compromettre la formation même des nouvelles familles? Il y a tout lieu de le penser. Quant au rapport à la natalité, on devine aisément à quel point les nouvelles mœurs sont troublantes, comment elles compromettent la place des enfants dans notre société. Le Bureau québécois de la statistique (BSQ : 1996) observe une corrélation entre la baisse du nombre des naissances et la hausse des ruptures; les comparaisons sous ces rapports avec les autres provinces canadiennes ne sont pas particulièrement réjouissantes pour nous (Le Québec et l'Ontario, vraiment distincts, Le Devoir, 20 janvier 1996). D'autre part, en observant bien la situation particulière des Québécois, on découvre que « le taux d'échec augmente et les divorces se produisent dans des délais de plus en plus courts » (Baisse du nombre des naissances; hausse de celui des divorces, dans Le Journal de Montréal, 19 octobre 1996).
En 1996, au Québec, 53 % des naissances, qui représentent 45 000 bébés, proviennent de mères non mariées. « C'est trois fois plus qu'en Ontario et près de deux fois plus que la moyenne nationale » (La Presse, 9 juillet 1998). En 1997, cette proportion atteignait 54,6 % (Lapierre-Adamcyk, déjà citée). Vingt ans plus tôt, on s'inquiétait quand ce groupe composait 10 % du nombre des foyers. Quand, à la fin de la décennie 70, on a résolu de donner des droits équivalents aux couples en union de fait, quand, au milieu de la décennie 80, dans le texte d'un projet gouvernemental on a refusé de reconnaître le caractère distinct et spécifique du mariage légal pour encadrer la vie de famille, ne semait-on pas les germes de dissolution qui ont eu tôt fait de se diffuser plus abondamment? N'ouvrait-on pas une légitimité de surcroît à des états de vie qui pactisent parfois avec l'irresponsabilité? N'a-on pas contribué à amplifier un mouvement qu'on aura désormais du mal à corriger? N'a-t-on pas sacrifié déjà cette génération de nos jeunes, dont on dit qu'ils sont des décrocheurs, pour un trop grand nombre d'entre eux, et dont le décrochage est le plus souvent en lien direct avec les déficiences du milieu parental?
Une génération d'adultes n'aura pas réussi à s'accrocher suffisamment à un projet conjugal et parental pour accepter que cela soit l'objet d'un engagement civique bien formel, comme le propose l'institution matrimoniale. Les recherches tendent à confirmer ce que la simple observation nous avait déjà appris. Les unions de fait sont souvent moins stables. Les projets de vie sont plus flous. Les unions durent moins longtemps. Il y naît moins d'enfants, et les enfants qui y grandissent y vivent souvent des difficultés qui les affectent souvent de façon durable. Par ailleurs, à contre-sens du sens commun, mais compte tenu de l'augmentation de ce type de foyers, on en arrive à proposer une normalisation des états de vie où il n'y aurait plus besoin d'un père. À la rigueur, des enfants pourraient même être adoptés et grandir dans des ménages concubins de même sexe : n'entend-on pas parfois parler de cela comme de quelque chose qui devrait censément faire l'objet d'une nouvelle normalisation?
Toutes ces questions sont liées les unes aux autres. Alors pourquoi ne pas les examiner toutes à la fois dans le cadre d'une politique familiale globale? Rien n'est plus néfaste que l'éparpillement des intérêts concernant la famille; la dispersion des interventions n'est pas moins préjudiciable, quand on met en œuvre des politiques sectorielles, dont aucune ne saurait être efficace prise isolément, sans un concours de convergences. Les politiques sectorielles qu'on privilégie présentement ne sont pas neutres. Elles sont susceptibles de produire quelque effet pervers sur une natalité déjà problématique. A-t-on véritablement pris la peine de se poser sérieusement la question, que « notre avenir démographique ne saurait être esquivé », tel que le formulait le président du Conseil de la famille dans le rapport annuel de l'organisme en 1996? Les interventions de l'État contribuent à la stabilité des foyers ou concourent à l'érosion des cohésions. Certains effets pernicieux s'instituent parfois, qui n'étaient pas bien visibles au premier regard. Reconnaître le besoin d'une politique globale, c'est reconnaître et postuler une cohérence dans l'ensemble de nos interventions publiques. C'est pourquoi, dès 1980, dans le groupe des députés ministériels dont je faisais alors partie, dans le premier gouvernement dirigé par René Lévesque, nous avions indiqué l'urgence d'une politique globale sur la famille, qui prenne en compte aussi bien le souci de la natalité que le soutien à l'institution matrimoniale et le soutien aux couples en difficulté. Les parents devraient parvenir à surmonter leurs difficultés, car il convient que l'État reconnaisse que les parents ont un rôle essentiel. Il faut que les parents réussissent à s'acquitter de leur mission particulière en tant que familles et à assumer efficacement les engagements que la société attend d'eux, dont les enfants sont bénéficiaires. D’une part, on saura peut-être un jour pourquoi le gouvernement québécois s'est trouvé empêché à ce jour de procéder à la mise en œuvre d'une politique globale sur la famille et la population. D'autre part, les effets dévastateurs des déséquilibres créés par la dénatalité sont à peine effleurés chez nous. On ressent déjà un certain appauvrissement de la vie civique, et le surgissement de nouveaux problèmes de société dans l'explosion des foyers où il y a peu d'enfants et où la présence du père et de la mère font à la fois défaut. « Les enfants canadiens seraient en déficit de temps familial. Les enfants n'ont jamais passé si peu de temps d'éveil avec leurs parents, depuis 60 ans que l'on tient des statistiques sur ce sujet », observait l'Institut Vanier de la famille, en 1997. Cela vaut autant pour le Québec, quand qu'à plus de 70 % les deux conjoints se trouvent à participer à l'activité économique hors du foyer. Il y a les nécessités économiques, bien sûr. Parfois, la conquête du « plus avoir », au-delà de la satisfaction des besoins essentiels, en vient à compromettre le mieux-être et la bonne santé des ménages, là où les convivialités familiales font l'objet d'un investissement minimal.
On assiste à une accélération inquiétante du phénomène de vieillissement dans la société québécoise. D'ici quelques années, la pyramide des âges sera inversée. « Dans les 35 ans à venir, l'actuelle population des aînés aura doublé au Québec », a commenté le démographe Jacques Henripin dans un texte adressé aux parlementaires québécois en janvier dernier. On ne peut guère avoir en vue, à partir des évolutions présentes, qu'une situation de gestion publique de plus en plus problématique s'imposera à nos gouvernants, par l'effet des déséquilibres accentués dans une pyramide des âges déficiente. On a fait récemment des choix politiques dans la mise en œuvre d'une nouvelle politique familiale. Certains ont cru voir que les familles perdantes seraient les familles plus nombreuses. S'il y avait quelque fondement à cette critique, le gouvernement du Québec devrait réagir avec diligence et rigueur pour empêcher que le rapport à la natalité ne soit encore précarisé. On espère une prise en compte plus constante et plus vigoureuse des enjeux démographiques dans la mise en œuvre des politiques publiques, particulièrement celles qui affectent la vie des familles. Il y va de notre avenir. L'avenir du peuple québécois, nous l'avons vu dans cet exposé, est bel et bien menacé.
Gérard Gosselin
« La gloire
des gens d'Éphraïm va s'envoler maintenant comme une volée de moineaux :
il n'y aura plus de naissances, plus d'enfants attendus, plus même d'enfants
conçus! Et même s'ils arrivent à en élever quelques-uns, je les en priverai
pour qu'il ne reste personne. Quand je leur tournerai le dos, eh bien, tant pis
pour eux! Éphraïm, tel que je le vois, fait de ses enfants un gibier pour la
chasse : il les laisse partir au devant du tueur » (Osée 9.11-13).
[1] RENÉ Lévesque a été premier ministre du
Québec de 1976 à !985. C’est au moment d’abandonner ses fonctions qu’on lui
doit cette citation ( Dans L’Actualité d’octobre 1985).
[2] Madeleine Rochon est démographe et chercheuse au Ministère de la santé et des services sociaux. Elle tient à jour annuellement les statistiques sur les grossesses à l’adolescence, taux des IVG, etc…
[3] La Gazette des femmes est un magazine féministe publié mensuellement par le Conseil du statut de la femme.