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Sexualité des ados
Opinion des spécialistes – 2e
partie
Le présent article est en quelque sorte la continuité de celui paru dans notre dernier journal sur la sexualité des filles. En effet, les spécialistes que nous avons interrogés sur la sexualité des jeunes nous ont aussi parlé de celle des garçons. Voici ce qu’en disent Jean-Pierre Rochon, psychologue spécialisé en cyberdépendance, Yvon Dallaire, psychologue et sexologue, et Florence Bois-Bouchard, sexologue. Puisqu’elle est gynécologue, la docteure Tessier rencontre peu de garçons. Elle a donc préféré ne pas participer à cette partie de l’interview.
Gênés, les garçons?
Yvon Dallaire note que les garçons qui parlent de sexualité sont souvent moins sérieux que les filles lorsqu’ils abordent le sujet. D’après Jean-Pierre Rochon, le ton badin qu’ils adoptent serait dû, en réalité, à une plus grande gêne. Cependant, lorsque la confiance s’installe, les garçons se livrent plus facilement, affirme Florence Bois-Bouchard.
Au début de l’adolescence, les garçons sont souvent très timides avec les filles. Ils subissent une pulsion sexuelle très forte causée par l’augmentation de la testostérone, mais ils ne savent pas trop comment la gérer, d’autant plus qu’elle les pousse vers le sexe opposé. Ils sont plutôt maladroits. De plus, comme ils se masturbent beaucoup – c’est la période de leur vie où ils le font le plus –, ils se sentent coupables, car le sexe solitaire est tabou et a mauvaise réputation, soutiennent nos trois spécialistes.
Conquête et puissance sexuelle
Pour un garçon, la relation sexuelle est une occasion de manifester son pouvoir de conquête, remarque Yvon Dallaire. Selon Florence Bois-Bouchard, le phénomène se manifeste par le désir de posséder sa blonde. Le garçon cherche les preuves de l’attachement de sa copine. Aussi la relation sexuelle représente-t-elle pour lui l’ultime preuve d’amour. Le garçon ressent donc un sentiment de puissance lorsque son amie, en se donnant, confirme son attachement et s’abandonne à son pouvoir de conquérant.
D’après Yvon Dallaire, les hommes sont moins soucieux de leur image corporelle que les femmes, mais ils s’inquiètent davantage qu’elles de l’opinion des autres. Ils pensent qu’ils doivent se montrer forts et prouver leur virilité. Ils ont aussi très peur d’être comparés, car ils se sentent responsables du succès ou de l’échec de la relation sexuelle. Leur principale source de satisfaction, en effet, est de réussir à faire jouir leur partenaire. Plusieurs ados sont donc pressés d’avoir des rapports sexuels complets pour atteindre cet objectif. Florence Bois-Bouchard croit que les garçons ont peur de ne pas savoir comment se comporter. Ils craignent le ridicule et les peines d’amour. Madame Bois-Bouchard et Jean-Pierre Rochon affirment que plusieurs garçons souffrent d’anxiété de performance. Ils s’inquiètent de ne pas pouvoir conserver leur érection et de ne pas pouvoir retarder leur éjaculation.
Il reste que la majorité des garçons finissent par atteindre un niveau de performance satisfaisant et à tirer plaisir de leur relations sexuelles. Ils parviennent plus rapidement que les filles à se procurer du plaisir, et celui-ci est moins conditionné par la relation amoureuse. Très souvent, ce n’est qu’après s’être prouvé qu’ils peuvent bien faire l’amour qu’ils vont s’intéresser à une relation plus intime avec leur partenaire. La sexualité pour les gars est la porte d’entrée vers l’intimité, dit Yvon Dallaire, tandis que c’est très souvent l’inverse pour les filles. Toutefois, la norme évolue présentement. Plusieurs garçons se plaignent, en effet, que les filles ne les trouvent pas normaux s’ils ne veulent pas aller au lit à tout prix. Elles exercent même des pressions s’ils ne tentent rien. Les garçons qui veulent d’abord être amoureux avant de passer à l’acte se demandent s’il y a encore des filles sentimentales.
Problèmes éprouvés
Monsieur Rochon mentionne que la sexualité pratiquée à l’adolescence peut conduire à la désillusion. Le manque d’expérience et la maladresse peuvent laisser leur lot de mauvais souvenirs. De plus, à notre époque, les ados expérimentent un mélange de choses qu’ils ont lues, vues à la télé ou dont ils ont entendu parler. Ils sont, comme les filles, en compétition avec des stéréotypes difficiles à égaler. Certes, le garçon tire une satisfaction physique de la relation sexuelle. Cependant, il subit le stress lié à la recherche de la performance. L’image qu’il a de sa virilité risque également d’être ternie s’il ne réussit pas à faire jouir sa partenaire.
La consommation de matériel pornographique affecte la sexualité des hommes. Et celle des ados ne fait pas exception! Selon monsieur Rochon, la pornographie diffusée dans Internet contribue à alimenter la sexualité naissante des adolescents, les amenant à avoir et à nourrir divers fantasmes. Malheureusement, le sentiment amoureux et la notion de pureté sont des concepts totalement évacués par les pornographes, ce qui peut influencer l’impression que les jeunes se font du sexe. Ils risquent d’intégrer des stéréotypes comme « les filles aux gros seins » et ils peuvent être déçus de ne pas trouver dans le monde réel ce qu’ils ont observé dans Internet. L’idéal projeté est trop élevé, et les attentes envers la partenaire réelle risquent de créer des tensions. Yvon Dallaire abonde dans le même sens en disant que les hommes s’attendent à ce que les femmes soient actives sexuellement comme les vedettes des vidéos pornos. Toutefois, dans la réalité, les femmes sont souvent beaucoup plus passives. Certains hommes cherchent alors à transformer leur partenaire en une bête sexuelle. Madame Bois-Bouchard, quant à elle, souligne que plusieurs hommes qui consomment de la pornographie se sentent mal à l’aise, coupables et gênés. Certains pensent même que ce comportement équivaut à tromper leur partenaire.
Plusieurs garçons actifs sexuellement ne s’en font pas avec les conséquences néfastes qui peuvent découler d’une relation non protégée. Mais pour d’autres, c’est une source d’inquiétude de plus, souligne monsieur Rochon. Cependant, contrairement au préjugé social, dit Yvon Dallaire, les gars sont beaucoup plus réfléchis qu’on ne le pense. Selon lui, quand un garçon devient père, il va habituellement prendre ses responsabilités. Il concède, toutefois, que le port du condom n’est pas très répandu, car cet acte va à l’encontre du comportement que le jeune est en train d’acquérir. En effet, comme l’ont dit les spécialistes, le garçon pense à conquérir et à prouver sa virilité. Il est obsédé par son image et par la performance. Aussi la contraception et la prévention des MTS ne font-elles pas toujours partie de ses priorités. De plus, pense monsieur Dallaire, les adolescents se croient en général tout-puissants et à l’abri des problèmes. Les jeunes pensent souvent aux conséquences après coup, déclare madame Bois-Bouchard, surtout quand la relation va mal ou se termine.
Monsieur Dallaire nous surprend lorsqu’il affirme que les garçons subiraient davantage de violence physique de la part de leur partenaire que les filles; d’après lui, cet écart serait de 5 à 10 %. Cette violence surviendrait lorsque la fille découvre qu’elle n’a pas rencontré le prince charmant qu’elle avait imaginé et que ses attentes n’ont pas été comblées.
Et comment se vivent les ruptures? Le garçon en souffre-t-il moins que la fille? Nos spécialistes divergent d’opinions sur ce sujet. Ainsi, selon Jean-Pierre Rochon, après une rupture, les garçons passent plus facilement à une autre fille parce qu’ils ont moins investi émotionnellement ou parce qu’ils ne peuvent pas demeurer seuls très longtemps. La peine d’amour est, cependant, plus grande quand il y a eu relation sexuelle pour la simple raison que la séparation comporte un deuil de plus : le deuil du sexe s’ajoute à celui de la conquête d’une copine et de la relation amoureuse. Yvon Dallaire, de son côté, souligne que les hommes souffrent davantage de la peine d’amour que les femmes et mentionne le haut taux de suicide des hommes en relation avec la rupture amoureuse, tout âge confondu.
Et la chasteté?
Monsieur Rochon, qui traite des jeunes cyberdépendants, a rencontré autant de garçons que de filles vierges. En général, cependant, les adolescents vierges ne consultent que rarement les psychologues et les sexologues. Lorsque cela se produit, c’est souvent à cause du rejet. Comme nous l’avons dit, certains garçons qui veulent vivre une relation chaste ont du mal à trouver une copine qui souhaite attendre. Outre le fait que leur amie désire avoir des relations, il peut arriver que la fille pense que le garçon chaste a un problème de virilité ou qu’il est un mâle avec une libido faible. Il est donc important pour ces jeunes de savoir exactement ce qu’est la chasteté et de pouvoir l’expliquer correctement à leur copine.
Nous remercions nos spécialistes, car ils nous ont permis d’apprendre que les garçons et les filles ne perçoivent pas et ne vivent pas leur sexualité de la même façon. Leurs propos nous ont également démontré qu’il y a bien des embûches sur le parcours des jeunes qui sont actifs sexuellement.
Jusqu’à présent, l’option de l’abstinence sexuelle jusqu’au mariage a été peu présentée dans les cours d’éducation sexuelle offerts dans la majorité des pays francophones. Il est à souhaiter que les futurs spécialistes reçoivent de l’information pertinente sur ce sujet et qu’ils la transmettent de façon judicieuse. Ainsi les jeunes pourraient mieux connaître les multiples avantages de la chasteté et un plus grand nombre d’entre eux pourraient choisir cette alternative. Chasteté-Québec croit aussi que l’enseignement de cette option permettrait à ceux et à celles qui font ce choix de vie de mieux défendre leur point de vue.
Louise Couture