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L’homme révélé

           

Pour compléter ce numéro de notre journal consacré aux hommes, nous passerons maintenant en revue ce que la Bible dit des hommes et des femmes. Pour ce faire, je vais répondre aux écrits féministes qui ont attaqué les Écritures saintes, alléguant que leur contenu est discriminatoire et que leurs auteurs sont misogynes.

 

La Bible et son message

La Bible est en fait une bibliothèque qui regroupe plusieurs livres écrits par différents auteurs sur une période dépassant deux mille ans. Aux yeux des croyants, ce qui fait la cohésion de ce livre, c’est qu’il est d’inspiration divine. En effet, Dieu désire se faire connaître à l’homme par la création, mais aussi par les paroles qu’il a données à ses prophètes (les Écritures) et, finalement, par la venue de son Fils, Jésus-Christ, qui a révélé le Père, le Dieu créateur et tout-puissant.

 

Si le premier but de la Bible est de nous faire connaître Dieu, les Écritures ont aussi la capacité de nous dire qui est l’être humain aux yeux de Dieu. La Bible raconte l’histoire d’hommes et de femmes qui ont rencontré Dieu, soit par la prière, soit par la vision d’anges envoyés du ciel, soit dans leur marche au côté de Jésus. La Bible raconte la lutte pour la survie d’un peuple choisi, mais contient aussi, du début à la fin, la promesse d’une réconciliation de tous les peuples autour du Messie.

 

Le récit du péché d’Adam et Ève fait sourire plusieurs personnes aujourd’hui. Pourtant, ce récit est bien plus logique que plusieurs croyances religieuses importées en Occident par le Nouvel Âge. Sans la compréhension du péché, la cohésion interne des Écritures s’effondre. La Bible parle d’un salut nécessaire pour l’être humain à cause de sa condition imparfaite devant la sainteté de Dieu. Le mal a pénétré dans le monde et, avec lui, le péché, la maladie et la mort. Pour accéder à la présence de Dieu et à la vie éternelle, l’être humain doit être purifié de tous ses péchés. Le moyen par excellence est la miséricorde de Dieu obtenue par la foi en celui qui était sans péché et qui pouvait, par le sacrifice de sa mort sur la croix, apaiser la colère de Dieu et subir à notre place la conséquence du péché. Libéré de la conséquence de tous ses péchés, régénéré par la présence de l’Esprit saint qui vient en lui au moment où il reconnaît en son cœur qu’il est un pécheur et a besoin du sacrifice de Jésus-Christ, le croyant peut avancer en toute confiance. Il sait qu’il n’a plus à s’améliorer pour gagner son ciel, car il sait que ce ciel lui est promis par la foi. Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie (Éphésiens 2.8-9). La motivation de ses œuvres sera plutôt de refléter l’amour et la gloire de Dieu dans le monde. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions (Éphésiens 2.10). Voilà, en gros, la logique du plan du salut.

 

Le féminisme et son message

Les féministes ont souvent dénoncé les inégalités qui régnaient entre les hommes et les femmes dans la Bible. Malheureusement, chaque fois que j’ai vu une auteure féministe citer un texte biblique, l’analyse était faite sans tenir compte du contexte. De plus, les auteures féministes ne présentent pas les textes qui parlent en faveur des femmes. Il faut dire que bien des hommes, croyants ou non, ne prennent pas toujours le temps de bien comprendre le contexte des textes bibliques et la pensée de Dieu lorsqu’ils imposent la soumission à leur femme sous le couvert de l’autorité des Écritures. Je pense donc que le malaise ressenti par certaines femmes est souvent davantage lié à l’utilisation que des hommes font des textes des Écritures qu’à leur contenu comme tel.

 

La Bible a donc été perçue par certaines femmes comme un moyen de perpétuer la discrimination entre les deux sexes. Les théologiens ont aussi beaucoup travaillé cette question au cours des dernières années. Le discours féministe et les écrits des théologiens ont été si abondants depuis un siècle qu’il est difficile de les résumer en quelques paragraphes. Disons simplement que le féminisme a connu deux grandes vagues, qui concordent avec les deux périodes d’accélération de la libération sexuelle des années vingt et soixante-dix. Madame Hazel Hunkins-Hallinan, militante de la première vague, dit ceci dans un discours prononcé pour accueillir les jeunes féministes de la seconde vague : Autrefois, les femmes répétaient avec insistance qu’elles ne cherchaient pas à bouleverser la société ni à détrôner Dieu. En fait, leurs actes menaçaient le mariage, la famille, la propriété privée, mais elles s’efforçaient de calmer les craintes des conservateurs[1]. La deuxième vague du féminisme a été plus agressive. Le mouvement était plus diversifié, sa base plus large. Certaines femmes ont cherché à accéder au pouvoir comme Betty Friedman, qui a influencé le Congrès américain et a fondé la National Organization of Woman (N.O.W.). D’autres ont contribué à l’émancipation des femmes par leurs écrits, comme Kate Millett, Germaine Greer, Barbara Seaman ou Shere Hite. Enfin, des activistes radicales ont proclamé haut et fort la libération en allant jusqu’à déclarer la guerre des sexes.

 

(Si tu le permets, je rétablis les verbes au présent historique. Les verbes sont au présent, mais le lecteur comprend que le récit se situe dans le passé. D’ailleurs, tu utilises ce mode plus haut.) Pour mieux se représenter le contexte de la révolution féministe des années soixante-dix, je vous propose ici, en exemple, un bref résumé de la critique d’une féministe modérée. Reconnue pour n’être ni trop radicale ni à la remorque de la pensée masculine, Germaine Greer affirme que le féminisme est une entreprise essentiellement anarchique fondée sur la coopération entre femmes. Elle reconnaît que le concept de liberté n’a pas de sens. Personne n’est libre, ni l’homme ni la femme. Il vaut mieux parler d’égalité des sexes, dit-elle. Elle avoue ne pas avoir de solution de rechange au système paternaliste traditionnel : La politique traditionnelle ne peut concevoir de solution de rechange à la cellule familiale fondée sur un homme unique, nécessaire au bon fonctionnement de l’économie. Néanmoins, il y a une dimension dans laquelle la femme peut trouver des raisons d’agir même si aucune utopie n’est à l’horizon. Au lieu de commencer par changer le monde, elle peut réévaluer ses propres capacités d’épanouissement[2].

 

Plusieurs observations de madame Greer sur l’exploitation de la femme sont intéressantes. Elle s’oppose à l’amour romantique où la femme est haussée à un idéal inaccessible. Elle décrit la division créée par le romantisme entre la femme-épouse et la putain. L’une se doit d’être pure et d’ignorer la sexualité. L’autre s’est libérée de sa cage dorée, mais n’est en fait que le joujou des hommes. Elle croit que la répression de la sexualité par le romantisme a rendu le sexe pervers et hors mariage plus attrayant. Elle décrit les fléaux qui infectent les mariages où la femme est traitée en inférieure : insécurité, jalousie, manipulations, critiques et manœuvres de sabotage. Elle s’insurge de voir la pauvre estime que les femmes ont d’elles-mêmes jusqu’à s’avilir en se prostituant. Elle condamne la notion de femme-objet, l’utilisation du corps de la femme dans la publicité, la consommation de romans d’aventures romantiques par les femmes et le fétichisme dont ils sont empreints. Elle milite contre l’esprit possessif qui anime la passion amoureuse des hommes. Enfin, elle déclare que les femmes doivent réapprendre à penser et à agir par elles-mêmes, sans compter sur la prise en charge par l’homme.

 

Si les observations de madame Greer me semblent souvent exactes, les moyens qu’elle propose pour changer les choses sont, comme dans l’ensemble de la littérature féministe de cette époque, moins louables, à mon avis. Afin de gérer elles-mêmes leur destinée, elle encourage les femmes à éviter le mariage et à divorcer. Si elle reconnaît que la copulation hâtive ne crée pas de lien affectif et entraîne la haine, la culpabilité et la dégradation en femme-objet, elle encourage néanmoins la promiscuité afin d’éviter la dépendance envers un mari. Elle recommande aux femmes de faire la grève et de cesser leur travail d’épouses, de mères, de ménagères. Pour celles qui, malgré tout, choisiraient la vie de couple, elle recommande d’éviter les enfants et précise que le couple ira mieux si chacun est libre de partir quand il le veut.

 

Ce discours a favorisé les comportements typiques de la révolution sexuelle, la montée des MTS, la dénatalité et l’éclatement des familles. Le bon côté de la révolution féministe, c’est qu’elle a été pour plusieurs hommes l’occasion de se réajuster pour mieux prendre soin de leur femme. Cependant, une véritable réforme n’aurait-elle pas dû faire appel à la repentance des hommes plutôt qu’à la révolte des femmes? La dureté du cœur des hommes rendait-il cela impossible? Fallait-il absolument traverser une difficile guerre des sexes afin de permettre aux hommes et aux femmes de prendre conscience de la nécessité de se comprendre et de répondre aux besoins l’un de l’autre?

 

Critiques des Écritures

C’est tout le système patriarcal qui a été remis en question par les féministes. Les féministes ont évoqué le verset biblique qui parle de la femme comme du sexe plus faible. Une telle parole était un irritant évident en plein milieu d’une révolution féministe. Elles ont contesté le concept de la soumission de la femme et du leadership de l’homme. Elles ont cité des passages indiquant que la femme devait se taire dans l’église, qu’elle ne devait pas y enseigner l’homme. Les féministes ont aussi cité les Pères de l’Église, comme Jérôme, qui décrivaient la femme en des termes peu élogieux. Enfin, les féministes ont accusé l’Église de refuser que les femmes soient ordonnées prêtres. J’aimerais répondre à ces critiques en replaçant chacun des propos mentionnés précédemment dans leur contexte.

 

Le patriarcat

Nous devons comprendre que le système patriarcal a régné sur la majorité des peuples, et cela de tout temps. Les découvertes de sociétés matriarcales par certains anthropologues sont l’exception et non la règle. Dès l’origine, Dieu a révélé à l’être humain son plan pour le couple : une belle coopération où l’homme assumerait le leadership entre deux êtres égaux ayant la même valeur. Mais il a aussi décrit qu’elles seraient les conséquences du péché : une tendance de la part de l’homme à abuser de son pouvoir pour dominer sur la femme. Par la suite, Dieu n’a pas cessé de se révéler aux êtres humains là où ils étaient, au milieu du style de vie qu’ils avaient adopté. Il leur a transmis des principes qui ont fait évoluer leur société. Pour juger de l’effet de la Parole de Dieu sur le milieu social et familial d’une époque, il faut examiner ce qui se passait au sein des peuplades environnantes de l’époque étudiée.

Ainsi, dans un ouvrage collectif, quinze chercheurs européens ont scruté les traditions entourant le mariage et la vie des couples au travers les âges de différentes cultures[3]. Ce qui est frappant, c’est que les femmes n’avaient aucun droit dans les cultures païennes qui entouraient le peuple israélite. Dans la loi sumérienne, par exemple, on observe que la femme était une monnaie d’échange jusqu’en l’an 600 avant Jésus-Christ. Elle valait moins cher qu’un chameau. En cas de viol, on dédommageait l’homme propriétaire en lui versant une somme d’argent. C’est en comparant de telles lois aux lois divines qu’on peut mieux comprendre la compassion de Dieu à l’égard des femmes. En effet, dans l’ensemble de prescriptions qu’il a transmis à Moïse, la femme n’est pas une monnaie d’échange. Par exemple, des sanctions sévères sont prévues pour un homme qui viole une femme, et des règles entourant le mariage et protégeant le droit à la propriété des femmes sont dictées.

Le contexte du Nouveau Testament est encore plus révolutionnaire! Même si la loi de Moïse était plus généreuse envers les femmes que les lois des autres peuples, il reste qu’elle n’était pas toujours respectée par les hommes. Du temps de Jésus, ces derniers avaient tendance à répudier leur femme sans raisons sérieuses. Ils appliquaient les Dix commandements d’une manière sexiste. Par exemple, on lapidait les femmes adultères, mais pas les hommes. Il est remarquable de voir avec quel doigté le Fils de Dieu a dit à ses contemporains qu’ils étaient injustes. Sur la question du divorce, Jésus a fait remarquer qu’au moment de la création, l’homme et la femme vivaient en parfaite harmonie. Ils avaient été créés pour être une seule chair, s’aimer, rester ensemble et coopérer. Il ajoute : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; au commencement, il n’en était pas ainsi (Matthieu 19.8). Puis, il a poursuivi son exhortation en préconisant un retour à l’ordre initial, celui qui régnait avant l’apparition du péché sur la terre, avant que l’homme n’ait tendance à brutaliser sa femme.

Jésus a donc pris la défense des femmes. Pas étonnant qu’il était si populaire auprès d’elles, et que certains hommes auraient bien voulu lui donner le change pour son affront aux mœurs et aux coutumes machistes de son époque. L’événement suivant témoigne de la tension qui régnait entre les hommes et Jésus à propos de la condition féminine. Des hommes saisissent une femme en train de commettre l’adultère et l’amène à Jésus, lui demandant publiquement : Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu? (Jean 8.5). Le piège est redoutable, car Jésus est venu prêcher le pardon des péchés. D’une part, s’il dit que cette femme doit être lapidée, il retourne à une application stricte de la Loi. D’autre part, s’il préconise de la laisser aller, il transgresse la Loi. Non seulement il sera alors lui-même lapidé, mais il n’accomplira pas sa mission, qui ne consiste pas à abolir la Loi, mais à l’accomplir (Matthieu 5.17), c’est-à-dire à répondre à ses exigences, car il est l’Agneau de Dieu offert pour ôter le péché du monde entier (Jean 1.29)[4].

La réponse de Jésus doit donc respecter la Loi tout en prêchant la grâce. À première vue, cela semble bien incompatible! Aussi la suite des événements est-elle étonnante : Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit : Non, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus (Jean 8.6-11).

 

Le sexe faible

Certes, dans les temps anciens, la femme était dans une position de vulnérabilité. Et ce n’est pas par mépris que l’apôtre Pierre parle d’un sexe plus faible : Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec votre femme, comme avec un sexe plus faible; honorez-la, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières (1 Pierre 3.7). Loin d’être un recul pour la cause des femmes, ce texte permet aux femmes du premier siècle d’être accueillies aux côtés des hommes pour hériter de la grâce de Dieu. À une époque où cela n’était pas toujours évident, le souci de Pierre est que les hommes soient doux envers leur femme et qu’ils les traitent avec respect. On pourrait, bien sûr, délibérer longtemps sur ce que l’auteur pensait vraiment en employant l’expression « sexe plus faible », mais nous devons surtout remettre cette exhortation dans son contexte avant d’accuser la Bible de vouloir dénigrer la femme.

 

La soumission

Le concept chrétien de la soumission de la femme a souvent été mal compris. Il convient de noter et d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une soumission forcée par l’homme. En fait, la Bible présente la domination de l’homme sur la femme comme une conséquence du péché. À la suite au premier péché, non seulement Dieu dit à Ève que ses grossesses seraient désormais pénibles, mais il ajoute : Tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi (Genèse 3.16). C’est le péché qui a rendu et rend encore bien des femmes esclaves des hommes dans plusieurs sociétés. Les hommes brutalisent les femmes et les dominent à cause du péché.

 

Cependant, le Nouveau Testament, en évoquant la soumission de la femme, parle d’une soumission qu’elle accepte volontairement : Femmes, soyez soumises chacune à votre mari, comme au Seigneur (Éphésiens 5.22). Le contexte général entourant ce texte est d’abord le fait que tous les chrétiens doivent se soumettre les uns aux autres en étant soumis en premier lieu à Christ (Éphésiens 5.21). Ensuite, l’apôtre Paul enchaîne avec la soumission de la femme. Puis, il dit également aux maris : Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle (Éphésiens 5.25). Le but visé est un meilleur fonctionnement du couple. Le mari et la femme ont ici chacun une responsabilité. La femme n’a pas à attendre que son mari l’aime pour être soumise. De même, le mari ne doit pas attendre que sa femme soit soumise pour l’aimer. Chacun fait volontairement le premier pas vers l’autre. C’est le meilleur moyen de se rencontrer.

 

Pourquoi les ordres donnés sont-ils asymétriques? Pourquoi ne pas avoir simplement transmis l’idée de soumission mutuelle? Tout simplement parce que les hommes et les femmes ne sont pas identiques. S’ils ont une valeur égale aux yeux de Dieu, ils ont tout de même une spécificité dans leur caractère et leur nature propres. Ses émotions étant plus souvent refoulées, il est plus difficile pour un homme d’être sensible et d’aimer sa femme. Étant elle-même moins préoccupée par la performance, il est plus difficile pour une femme de reconnaître le besoin de virilité de son mari et de le suivre dans la direction qu’il suggère. C’est pourquoi l’apôtre se permet d’insister là-dessus. La femme a été créée pour être une précieuse aide, tandis que l’homme a par nature le besoin d’exercer son leadership afin de mieux protéger sa famille. Les deux sont appelés à coopérer dans l’amour et à reconnaître leur spécificité.

 

L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui (Genèse 2.18). La femme n’est pas une esclave qui sert bêtement son mari, mais elle est une aide, une compagne, une coopérante dans l’entreprise de l’homme. Car l’homme a pour mission de diriger sa maison (1 Timothée 3.4 et 12), l’Église (Hébreux 13.7) et le pays (1 Timothée 2.2). Ensemble, ils vont gérer la planète (Genèse 1.28). La femme n’a pas à suivre l’homme comme un mouton sans rien dire. Elle peut exprimer son point de vue comme tout bon équipier. Elle assiste l’homme dans tous les domaines de sa mission. Elle se place elle-même dans la position de collaborer à cette mission, d’où l’idée de SOU... MISSION. Dans la langue originale grecque du Nouveau Testament, le jeu de mot est évident. La femme est placée sous la mission du chef, d’où le drame si le chef ne comprend pas bien sa mission!

 

Le silence imposé

Il est vrai que quelques textes de la Bible demandent aux femmes de se taire. Par exemple, dans sa première lettre aux chrétiens de la ville de Corinthe, Paul dit : Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leur mari à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’église (1 Corinthiens 14.34-35).

 

Le contexte général de ce passage est une explication sur le bon ordre dans l’église, notamment en ce qui concerne l’exercice du don de prophétie et du parlé en langues. L’apôtre dit plus tôt : Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent (verset 29). D’autres passages montrent clairement que les femmes pouvaient exercer le don de prophétie (Actes 21.9), prier publiquement (1 Timothée 2.8-9) et chanter ou louer Dieu à haute voix (Éphésiens 5.19). En fait, l’histoire de l’Église commence avec la réalisation des paroles du prophète Joël : Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes (Actes 2.17). Donc, les filles ont les mêmes privilèges que les fils. Paul connaissait bien cette importante prophétie. Je ne crois donc pas qu’il voulait restreindre le privilège des femmes dans sa lettre aux Corinthiens. Il désirait simplement que tous ne parlent pas en même temps lors des réunions. C’est une démarche compréhensible pour le bon ordre des choses.

 

Pourquoi, cette demande s’adresse-t-elle en particulier aux femmes? Sans doute, étaient-elles plus dissipées que les hommes. Il se peut que certaines femmes réagissaient avec trop d’émotions ou en trop grand nombre aux annonces des prophètes. Il est aussi possible que plusieurs femmes avaient l’habitude de poser des questions à leur mari à un moment inapproprié et que cela dérangeait les autres.

 

L’interdiction d’enseigner

Un autre texte interdit aux femmes d’enseigner aux hommes : Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence (1 Timothée 2.12). À la lumière de ce que je viens de dire plus haut, nous ne pourrions pas comprendre le « silence » dont il est également question ici comme un silence absolu. D’ailleurs, pour ce qui est du diaconat, il est clair que les femmes pouvaient y accéder sans aucun problème. Phoebé était diaconesse (Romains 16.1). Comme pour les hommes, une série de critères guidaient le choix des femmes diacres (1 Timothée 3.11). Or, un diacre a une autorité non négligeable dans l’Église. À mon avis, on ne peut donc pas non plus saisir l’expression « ne pas prendre de l’autorité sur l’homme » dans son sens absolu. Sinon, comment les femmes pourraient-elles prophétiser ou prier ou être diaconesses? Une prophétie exerce une autorité sur l’homme. La prophétie et la prière inspirées ont autorité. De plus, certains diacres ont enseigné la Parole de Dieu. C’est le cas d’Étienne et de Philippe, qui ont évangélisé avec beaucoup de succès. Nous savons qu’il y avait des femmes dans l’équipe missionnaire de Paul et que des femmes suivaient Jésus. Peut-être n’enseignaient-elles pas, mais je doute qu’elles n’aient été qu’observatrices! Elles faisaient partie, elles aussi, des témoins, qui ont reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte et qui ont été envoyés à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes 1.8).

 

Comment donc comprendre 1 Timothée 2.12? Je crois que Paul parle ici de l’attitude de la femme en général. Du début à la fin, la Bible place la femme sous la mission de l’homme. C’est une question d’attitude et de dosage des interventions. Une femme devrait avoir la finesse pour savoir quand son intervention est bien placée et quand elle est déplacée. Avec toute la grâce qui caractérise le sexe féminin, une femme est capable d’influencer sans dominer et sans manipuler. Il reste que plusieurs exégètes pensent que les postes de dirigeants (anciens, pasteurs ou évêques) devraient être réservés aux hommes. D’autres croient qu’une femme peut diriger à condition d’être redevable à un leader masculin. Quoiqu’il en soit, la femme a tout de même, à plusieurs niveaux, un rôle très important à jouer dans la vie de l’Église.

 

Les Pères de l’Église

Les féministes ont aussi critiqué les Pères de l’Église. Je cite ici quelques historiennes qui, en théorie, devraient être des observatrices objectives. En parlant de l’acte conjugal, Claude Pascal dit : Saint-Augustin (qui n’avait pas toujours pensé ainsi) considère cet acte comme « révoltant », Saint-Jérôme [sic] le qualifie de « malpropre », Tertullien de « honteux », Ambroise de « véritable souillure »[5]. Elle n’accompagne cette énumération d’aucune explication de la pensée des Pères de l’Église et ne fournit aucune donnée historique ou contextuelle.

 

Béatrice Bantman mentionne pour sa part : Deux siècles plus tard [après Jésus], saint Paul ne jure que par le célibat, saint Jérôme n’admet comme seule excuse au mariage que les terreurs nocturnes et trouve « adultère, l’amoureux trop ardent de sa femme »[6]. Il s’agit encore, pour le moins, d’une conclusion rapide et sans développement de ce qui, d’après cette auteure, est l’histoire. Il suffit d’ailleurs de savoir que Paul a vécu au premier siècle et Jérôme au quatrième pour conclure à l’imprécision de telles affirmations, qui ne sont mêmes pas exactes quant aux données chronologiques. Du reste, Paul encourage les jeunes à se marier, à moins qu’ils n’aient une aptitude particulière pour le célibat (1 Corinthiens 7.1-9).

 

En lisant des auteurs plus rigoureux, on découvre assez rapidement le contexte dans lequel les Pères de l’Église ont écrit leurs textes. À cette époque, la médecine était peu avancée, et bien des mystères entouraient la sexualité. La femme semblait terrifiante à bien des égards. Par exemple, les médecins et le peuple croyaient que le liquide des menstruations contenait du poison et que l’homme pouvait être contaminé et mourir. Les croyances des hommes de science ont influencé les théologiens qui, à leur tour, au cours des siècles, ont influencé les hommes de science. Il y a eu une certaine accalmie de cette peur du sexe à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance. Cependant, les théories alarmistes ont repris au XVIe et au XVIIe siècles, quand les médecins ont cru que la masturbation pouvait créer toutes sortes de maladies. Les pensionnats étaient sous la responsabilité du clergé, et la surveillance des jansénistes y a créé une véritable paranoïa, qui a persisté jusqu’à la révolution sexuelle du XXe siècle[7]. Les religieux ont souvent été tenus responsables de ces enseignements erronés, mais tout le contexte scientifique et social en était responsable.

 

En écrivant ces quelques lignes, je ne cherche pas à épargner toutes les critiques à l’Église. Les hommes ne sont pas infaillibles. Mais il me semble important de décrire le questionnement des théologiens à l’intérieur du contexte de leur époque. Malheureusement, la lecture de l’histoire du sexe a souvent été trop simplifiée et donc faussée. J’espère que mon analyse apporte un peu de lumière au lecteur. Évidemment, cela ne veut pas dire qu’il ne reste pas de question pour les chrétiens et les chrétiennes qui vivent maintenant après la révolution féministe.

 

Michel Robillard 

 

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[1]   Greer, G., La femme eunuque, coll. J’ai lu, Laffont, 1971, p. 12.

[2]   Greer, G., La femme eunuque, coll. J’ai lu, Laffont, 1971, p. 15.

[3]   Bardet, J.P., La première fois, Ramsay, Paris, 1981, 453 p.

[4]   « Ainsi, le pardon et la vie éternelle seront offerts à quiconque acceptera son sacrifice. Mais la loi continuera de juger quiconque refusera le Fils unique de Dieu envoyé pour notre salut » (Jean 3.16-18).

[5]   Pasteur, C., Deux mille ans de secrets d’alcôve, Zulma, 1996, p. 25.

[6]   Bantman, B., Brève histoire du sexe, Calmann-lévy, 1997, p. 26.

[7]   Flandrin, J.L., Le sexe et l’Occident – Évolution des attitudes et des comportements, Seuil, 1981, p. 264-269.