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Gazette des femmes

Version complète de ma réaction à

« Bush –  la bénédiction des pro-vie », nov. – déc. 2003

 

Ouf, je n’ai pas été trop écorché ! L’interview que j’ai accordé à Laura-Julie Perreault, de la Gazette des femmes, aurait bien pu tourner à la catastrophe à en juger par les informations erronées et les propos tendancieux que j’ai retrouvés dans « Bush –  la bénédiction des pro-vie ». Quand même, associer systématiquement la violence au mouvement pro-vie, c’est un manque de jugement évident ! La Gazette devrait d’ailleurs faire sa propre analyse de conscience et regarder d’un peu plus près toutes ces caricatures qui, tout au long de l’article, lancent des messages extrémistes à caractère haineux. Mais on me dira que c’est juste pour rire !

Par contre, comment justifier l’erreur monumentale suivante ? Selon l’article, les programmes d’éducation sexuelle abordant la contraception n’auraient reçu que 40 millions de dollars en 2002, contre 117 millions attribués à ceux faisant la promotion de l’abstinence. Il s’agirait plutôt, selon Deanna Grimm du National Abstinence Clearinghouse, de 1,6 milliard de dollars qui aurait été dépensés en 2002 par le camp du sexe dit « sécuritaire »1. Récemment, une autre source chiffre ces mêmes dépenses à 1,73 milliard de dollars américains2. À lui seul, ce fait renverse toute l’argumentation soutenue par madame Perreault. En effet, on est très loin des 40 millions mentionnés dans cet article. Cette dernière somme représente plus probablement le montant alloué à un seul organisme, sans doute celui duquel faisait partie la personne interviewée par madame Perreault.

La journaliste aurait aussi pu s’informer de certains « détails » sur les recherches citées par madame Feldt avant de brandir haut et fort que l’enseignement de la chasteté favorise la culpabilité et met la vie des jeunes en danger. Selon madame Feldt, l’enseignement de l’abstinence ne ferait que repousser de quelques mois le premier contact sexuel et ferait en sorte que les personnes chastes utiliseraient moins la contraception lors du premier rapport sexuel. Cette dernière observation a effectivement été rapportée lors d’une étude tirée des données de la AddHealth Study3. Toutefois, selon cette étude, les filles qui optaient pour l’abstinence étaient 52 fois moins à risque de devenir enceintes en dehors des liens du mariage et 40 % moins au cours de leur adolescence. C’est ce qui importe après tout ! De plus, le report de la première relation était de 38 mois chez les filles de races blanches. Pas si négligeable que ça ! Ainsi, ces filles, qui ont en moyenne leur première relation à 19,9 ans plutôt qu’à 16,7 ans, sont beaucoup plus prêtes à devenir mères que les plus jeunes.

Je peux également difficilement passer sous silence qu’on ridiculise madame Unruh parce qu’elle dit que les condoms brisent, se déplacent et causent des allergies. Ce sont des faits scientifiques qu’aucun spécialiste ne contestera au Québec. De 11 % à 17 % des travailleurs de la santé sont maintenant allergiques au latex et environ 11 % des travailleurs de l’industrie du caoutchouc et 6 % de la population générale sont également sensibilisés à ce produit4,5. Les ruptures lors de l’utilisation surviennent dans environ 4 % des cas. Et il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg, puisque les condoms ne sont pas du tout efficaces contre plusieurs MTS (VPH, ureaplasma, chlamydia), et seulement partiellement efficaces contre les autres microbes. Enfin, dans ces cas, ils doivent être utilisés avec constance pour être efficace. Or, une étude faite en 1998 sur les jeunes et le sida a démontré une utilisation régulière chez seulement 25 % des garçons et 16 % des filles6. Un autre auteur rapporte que chez les adolescents, le taux d’utilisation constante varie de 13 % à 48 % selon les études et diminue légèrement au fur et à mesure que les jeunes avancent en âge7. Dans mes conférences, je lance avec une pointe d’humour à mon public que ne pas être constant dans l’utilisation d’un condom, c’est comme faire de temps à autre du saut à élastique sans être attaché !

Cependant, c’est sans doute la perte du droit à l’avortement qui inquiète le plus le camp des pro-choix. Sur ce point, j’admets que le président Bush, en ratifiant le Partial-Birth Abortion Ban et la Born Alive Infant Protection Act, a empêché un projet de loi qui aurait permis aux femmes presque à terme de mettre fin à leur grossesse. Cette procédure n’existe pas au Canada et est qualifiée de boucherie par bien des médecins qui font des avortements. Également, n’oublions pas que même l’organisme Planned Parenthood, tout en faisant la promotion des moyens contraceptifs et du condom, a pour but de réduire au minimum le taux d’avortement. De toute évidence, la question de l’avortement tardif n’a pas fait l’unanimité chez les progressistes.

Je comprends donc mal que la Gazette des femmes parle d’une politique anti-choix quand il s’agit de présenter aux jeunes une option supplémentaire pour mieux gérer leurs pulsions sexuelles. L’abstinence est reconnue par Santé-Canada dans les Lignes directrices canadiennes pour les MTS comme une mesure préventive de premier-choix8. Nous aurions intérêt à en faire la promotion. Je regrette que les personnes qui lisent la Gazette des femmes ne soient pas vraiment bien informées.

 

Docteur Michel Robillard

 

 

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1  J’avoue qu’il est très difficile d’obtenir un chiffre pour l’ensemble des nombreux programmes d’éducation sexuelle progressiste (voir note 2 cependant). Ces groupes n’aiment pas publier les sommes astronomiques qui leur sont allouées. De plus, chaque organisme connaît son budget, mais peu de documents font état des chiffres pour l’ensemble du « comprehensive sexual education ».

    Les chiffres avancés par madame Laura-Julie Perreault m’ont beaucoup étonné pour deux raisons. D’abord, parce que les États-Unis accordent plus que 40 millions en aide à l’étranger pour ce type de programme. Les États-Unis n’ont jamais été plus généreux pour l’Afrique que pour eux-mêmes.

   Ensuite, le financement des programmes pour faire la promotion de l’abstinence a toujours été inférieur à celui des programmes en faveur du « sexe protégé ». Pour avoir une idée, il n’y a qu’à considérer que le gouvernement fédéral américain a accordé 622 millions de dollars américains en 1985 à l’ensemble du mouvement progressiste alors que le camp de l’abstinence n’avait obtenu que 2 millions depuis 1981 (Alexander CS, Guyer B. Adolescent pregnancy : occurrence and consequences. Pediatr Ann 1993; 22(2):85-8 et Richard D. Has Sex Education Failed Our Teenagers : A Research Report, Focus on the Family Publishing, 1990, p. 4). En 1992,  le budget  pour  l’abstinence  était  à  la  hausse avec 8 millions accordés annuellement dans le but de promouvoir la chasteté. La même année, le budget des programmes progressistes était à la baisse à 450 millions de dollars (Focus on the Family, In Defense of a Little Virginity. Manifeste paru dans plusieurs quotidiens américains. 1992) Enfin, en 1996, le Congrès a voté un budget de 50 millions par année, garanti pendant 5 ans, en faveur du mouvement pour la chasteté. Le mouvement recevait aussi une somme à peu près équivalente, en provenance des États. Quant au budget des troupes progressistes, il est demeuré stable à un peu moins du demi milliard versé annuellement (Dobson JC, Lettre mensuelle du président de Focus on the Family, Octobre 1998, p.2-3. Il cite le Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act of 1996, Section 912 et une lettre de B. Steinhardt, Director of Health Services Quality and Public Health Issues, envoyée à C. Smith et J. Pitts le 22 mai 1998). En 1998, ce même gouvernement a dépensé 219 millions pour la seule promotion des condoms (Coalition Releases Landmark Survey, Poll Shows Parents Support Abstinence-Based Sex Education, 13 février 2003, http ://www.family.org/welcome/press). À cela s’ajoutent les sommes accordées pour la promotion des contraceptifs oraux, qui est au moins le double. Enfin, il faut calculer les sommes allouées pour la distribution du matériel en plus des sommes versées pour la mise sur pied des programmes. Ainsi, près de un milliard a dû être dépensé en 1998. Le chiffre de 1,6 milliard semble donc fort probable pour l’année 2002.

2  Martin, S., Pardue, M.G. and Rector, R.E., Government Spends $12 on Safe Sex and Contraceptives for Every $1 Spent on Abstinence, The Heritage Foundation – Policy research and analysis, 14 janvier 2004. http://www.heritage.org/Research/Family/bg1718.cfm

De façon inespérée, cette récente recherche cite tous les détails du financement des programmes des deux camps. Ce site Internet affiche même divers tableaux des rapports officiels et contient 52 notes de bas de page (c’est pire que nous !) pour appuyer ses affirmations.

3  Bearman PS, (Director of the Institute for Social and Economic Research and Policy at Columbia University), Brückner H, (Assistant Professor of Sociology at Yale University), Promising the Future: Virginity Pledges as they affect the Transition to First Intercourse, American Journal of Sociology, janvier 2001 [data from: National Longitudinal Study on Adolescent Health (AddHealth)]

4   Kingsbury C, Le latex, un nouveau danger pour la santé, Le Médecin du Québec, vol. 33, n. 9, septembre 1998, p.91-93.

5   Kingsbury C, Le latex, un danger qui croît avec l’usage, Le Clinicien, novembre 1998, pp. 105-115.

6   Bureau of HIV/AIDS and STD, Laboratory Centre for Disease Control : STD Epi Update. Sexualily Transmitted Disease Series # 5, April 1998. Cité dans : Langille DB, Adolescent Sexual Health : What You Need To Know, The Canadian Journal of CME, Jan 2000, p.47-58.

7  Drapeau M, Le dépistage, la seule façon de détecter les MTS asymptomatiques, Le Médecin du Québec, vol. 34, no. 3, mars 1999, p. 107.

8  Ce document est aussi disponible sur le site Internet de Santé Canada : http://www.hc-sc.gc.ca/hpb/lcdc/bah.