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Le genre masculin

 

Les généralisations sont parfois nuisibles. Cependant, il peut être utile de discerner ce qui distingue habituellement la pensée des hommes de celle des femmes. Même après la révolution féministe, la société a encore des attentes différentes pour chacun des deux sexes. L’identité masculine a été ébranlée au cours des dernières décennies, certes, mais elle ne disparaît pas juste parce qu’on a remis certains stéréotypes en question. Les modèles qui ont contribué à l’identité des hommes depuis des siècles continuent d’exercer leur attrait. Le masculin n’est pas seulement ancré dans la tête des hommes; les femmes, en effet, s’attendent à ce que l’homme se comporte en homme. Toutefois, peu importe l’origine de ces modèles, que ce soit une question d’éducation, de génétique ou les deux, il reste que le mâle recevra, au cours de sa vie, une foule de messages qui le ramèneront à la réalité de son genre – le masculin.

 

Des chercheurs ont établi diverses caractéristiques masculines, de même que certaines règles sociales traditionnelles auxquelles les garçons sont soumis avec de plus en plus d’insistance à mesure qu’ils grandissent. Voici un résumé des recherches d’auteurs qui ont concentré leurs efforts à soigner des hommes violents ou victimes de violence[1] :

 

Attentes vis-à-vis des hommes :

  1. Un homme doit être fort et maître de la situation.
  2. Il doit protéger les autres et pourvoir aux besoins de sa famille.
  3. Il doit être capable de prouesses.
  4. Il doit être actif, autonome et compétitif.
  5. Il doit, pour y arriver, réprimer sa douleur et travailler dur.
  6. Il doit cacher ses craintes.
  7. Il ne doit pas parler beaucoup de ses sentiments, surtout s’ils sont négatifs.

 

Conséquemment :

  1. L’homme aime contrôler.
  2. Il s’identifie plus facilement à un agresseur qu’à un agressé.
  3. S’il a des ennuis, il démontre plus difficilement sa faiblesse.
  4. Il vit avec plus d’anxiété les situations de vulnérabilité.
  5. Il s’exprime moins de manière verbale.
  6. Il a plus de difficulté à éprouver de la compassion pour les autres.
  7. Il est moins habile dans les relations sociales.

 

De plus :

  1. Si l’homme est moins doué pour le langage, il aime analyser et comprendre.
  2. Il aime bouger, réagir et s’exprimer physiquement.

 

Lorsque nous parlons de caractéristiques masculines, il ne faut pas comprendre que tous les hommes pensent ou ressentent les choses selon le moule décrit ci-dessus. Joseph Pleck, professeur et auteur de plusieurs livres dont The Myth of Masculinity publié en 1983, a soutenu que la masculinité est une construction sociale qui ne vient pas du simple fait d’être génétiquement né « homme ». L’influence de Pleck a été si grande qu’on s’est mis à parler de caractéristiques dites masculines ou féminines, tout en comprenant que ces deux ensembles d’attitudes pouvaient se retrouver chez l’un ou l’autre sexe, car il est facile de trouver des exceptions quand on dit « les garçons sont comme ceci ou les filles sont comme cela… »

 

Il reste que la biologie influence aussi le comportement de l’homme. C’est pourquoi plusieurs auteurs sont en désaccord avec Pleck. Pour eux, la masculinité ne serait pas seulement une pure construction sociale. Selon Yvon Dallaire, sexologue et psychologue, un tel discours est antiscientifique et fait fi des découvertes récentes de la neuropsychologie, de la génétique, de la physiologie hormonale et des études sur le cerveau (scanner, IRM)[2]. Il ajoute Demandez aux médecins psychiatres et sexologues qui accompagnent les hommes et les femmes qui veulent changer de sexe et ceux-ci, ainsi que les transsexuels eux-mêmes, vous confirmeront qu’existent réellement une nature féminine et une nature masculine sur lesquelles se construit la société, et non l’inverse. […] Égalité ne signifie pas similarité, ni mimétisme[3].

 

Entre une femme et un homme, il n’y a qu’un seul chromosome qui est différent parmi les quarante-six chromosomes humains. C’est le fameux chromosome X ou Y de la vingt-troisième paire. Cela peut sembler bien peu. Mais quand on considère qu’une toute petite parcelle de chromosome déplacée ou remplacée peut entraîner une modification très importante dans l’organisme – une malformation, une maladie grave, un cancer –, alors un chromosome Y à la place d’un X peut certainement faire en sorte que le corps et le cerveau des hommes et ceux des femmes soient très différents.

 

Ainsi on observe entre les deux sexes une différence de la dimension des aires du cerveau consacrées aux mathématiques (plus grandes chez l’homme) et au langage (plus grandes chez la femme). On remarque aussi que la manière de s’orienter dans l’espace est différente chez les deux sexes[4]. De plus, on constate que les filles utilisent les deux hémisphères cérébraux pour faire des rimes, quand les garçons n’utilisent qu’un côté[5]. Ceci pourrait expliquer que les garçons réussissent mieux dans les sciences et les maths, alors que les filles sont meilleures dans les domaines langagiers[6]. Ces exemples démontrent bien qu’il y a des différences génétiques et neurobiologiques entre les garçons et les filles.

 

Le système hormonal des garçons est aussi tout à fait différent de celui des filles. La testostérone est l’hormone de la puissance. Elle fait grossir les muscles, la voix et est responsable, en bonne partie, du comportement agressif et sexuel du mâle. Tout garçon doit apprendre à gérer cette puissance. Il est difficile pour une femme de comprendre les pulsions générées par cette hormone.

 

Les choses ne sont donc pas simples. On ne peut ni généraliser les caractéristiques des hommes et celles des femmes sur la simple base des attributs biologiques ni les déduire du simple résultat des influences sociales environnantes. Les deux apports, physique et social, contribuent à faire de nous des hommes ou des femmes. Ainsi, les caractéristiques personnelles de la mère (tant biologiques que psychologiques), tout comme celles du père, peuvent être transmises au fils. De plus, l’acquisition par le fils d’un comportement masculin nécessite la présence d’une personne modèle pour que l’enfant puisse s’identifier à son sexe. Lorsque le père est absent, on observe souvent que le caractère du fils ressemble plus à celui de sa mère. L’acceptabilité du comportement dans l’entourage joue aussi un rôle déterminant. Des parents qui refusent au garçon le moindre geste agressif et qui louangent la petite sœur tranquille risquent de brimer une bonne partie de l’identité masculine.

 

Enfin, les films, la publicité et les pressions des camarades agissent également sur le garçon. La culture véhiculée dans les médias agit comme une sorte de filtre qui favorise l’apparition des attitudes dites masculines. Malheureusement, l’identification au héros masculin oblige souvent le garçon à se conformer à un modèle plutôt stéréotypé du mâle et à renoncer à certaines caractéristiques féminines qui seraient bienvenues dans l’équilibre de sa personnalité (compassion, douceur, écoute, générosité). Plusieurs influences entrent donc en ligne de compte et déterminent le caractère et le comportement d’un homme.

 

Nous ne cherchons pas ici à décrire ce qu’est ou ce que devrait être un vrai homme ou une vraie femme. Nous cherchons, en faisant la description des attitudes prépondérantes des deux sexes, à mieux comprendre qui nous sommes et pourquoi nous pensons ou agissons de telle ou telle manière. Nous espérons, entre autres, que cet exercice nous aidera à saisir les différences de pensée qui éloignent un homme d’une femme. Par exemple, il m’est arrivé souvent de constater qu’un garçon et une fille utilisant le même mot ne veulent pas nécessairement dire la même chose. Pourquoi? Parce que la façon de voir et de ressentir diffère. Le sexe n’est pas le seul élément responsable du fait qu’il existe différentes interprétations du monde. Toutefois, il est certainement un des facteurs. Les hommes et les femmes ont des règles implicites différentes.

 

Revenons donc aux critères de la masculinité. C’est vieux comme la terre. Le mâle typique est un conquérant. Il aime découvrir et travailler, seul ou en équipe. Il gère les choses en fonction de la logique de règles fixées à l’avance. Pour lui, le travail bien fait est avant tout efficace et exécuté selon les normes. Même en jouant, l’homme aime qu’un arbitre détermine des règles précises[7]. Enfin, l’homme voit la famille comme un milieu où il peut être en relation et exprimer ses émotions à l’intérieur d’un cadre plus souple. C’est ici qu’il aimerait se détendre et ne pas avoir à se conformer à des règles trop rigides. Cependant, son image masculine le poursuit. On lui demandera, par exemple, de décider des règles pour discipliner et éduquer les enfants ou pour administrer le budget de la maison. Par contre, pour la femme, la coupure entre les milieux du travail, du jeu et de la maison n’est généralement pas aussi radicale. Il lui importe davantage de plaire à tous. Les interactions et les relations ont beaucoup d’importance à ses yeux, même au travail. Elle songera à modifier les règles d’un jeu pour plaire aux participants et se souciera beaucoup moins, en général, de la performance que l’homme.

 

Pour projeter une image forte de mâle, l’homme doit nier qu’il puisse avoir des ennuis. La maladie, les angoisses, la faim, c’est pour les faibles! Les forts se battent et gagnent. Oublie-t-on que dans une bagarre, il y a aussi un perdant? En fait, l’homme est conscient qu’il y a un perdant, mais dans son désir de puissance, il espère être indestructible; il se dit qu’il apprendra de ses erreurs et qu’il ne retombera pas dans le même piège deux fois. Où qu’il soit, le mâle aime afficher sa force et sa compétence. Sa virilité est en jeu.

 

Les hommes subissent de nos jours une vive remise en question. Ils ont été ébranlés par la révolution féministe et par l’éclatement des familles. Nous vous invitons à poursuivre cette réflexion en lisant l’article intitulé Un sexe en voie de disparition?

 

 

 Michel Robillard

 

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[1]   Krugman, S., Lisak, D., Adult men and the aftermath of childhood trauma – research and clinical findings. Il s’agit des notes d’un atelier donné à une conférence internationale sur les traumatismes psychologiques. Cette conférence a été organisée par la faculté de médecine de l’université Harvard, à Boston, du 28 au 30 mars 1996.

Lisak, D., Integrating a critique of gender in the treatment of male survivors of childhood abuse, Psychotherapy, vol. 32, no 2, été 1995. Il s’agit d’un article écrit par l’un des deux animateurs de l’atelier mentionné plus haut et qui s’appuie sur l’analyse sociale de Joseph Pleck.

[2]  Dallaire, Y., Moi aussi Moi plus, 1001 différences homme-femme, Éditions Option Santé, Québec, 2002, 347 p.

[3]  Réaction du psychologue et sexologue Yvon Dallaire à la recherche de Pierrette Bouchard, Isabelle Boily et Marie-Claude Proulx portant sur « La réussite scolaire selon le sexe : catalyseur des discours masculinistes ». http://www.optionsante.com/yvondallaire/comm_bouchard.html

[4]  Daoust, G., « Le cerveau a-t-il un sexe? », L’Omnipraticien, 21 février 1996, p. 37-42.

[5]  Daoust, G., « Des tests d’aptitudes révélateurs », L’Omnipraticien, 21 février 1996, p. 38.

[6]  Gorman, C., « How Gender May Bend Your Thinking », Time, 31 juillet 1995, p. 41.

[7]  Dallaire, Y., Des jeux et des hommes, www.optionsante.com/yvondallaire/articlesmenshealth.html