Retour à la première page du journal
Afrique, sida et chasteté
Tu sais probablement déjà que l’Afrique est le continent où il y a le plus de cas de sida au monde. Comment combattre ce fléau? La situation est complexe. Tout d’abord, les Africains ne disposent pas des mêmes ressources économiques et technologiques que les Occidentaux. De plus, chaque pays d’Afrique possède ses croyances et sa culture respectives. Enfin, les Africains doivent décider s’ils choisiront la sexualité protégée (condoms) ou l’abstinence en dehors du mariage pour contrer le sida. Nous te résumons ici les divers moyens élaborés sur ce continent pour combattre cette maladie.
L’aide
internationale ne règle pas tout
En Afrique, seulement une personne infectée par le sida sur mille a accès à un traitement. Le Botswana est l’exception. En effet, ce pays, dont le tiers des habitants est séropositif et où l’espérance de vie est passée de 65 à 40 ans, bénéficie maintenant de la générosité des Américains. La fondation Bill et Melinda Gates et le conglomérat pharmaceutique Merck lui ont, en effet, accordé cinquante millions de dollars pour les cinq prochaines années, de même qu’une quantité illimitée de médicaments antirétroviraux. L’institut Harvard du sida, quant à lui, a mis sur pied un programme de formation des intervenants et a installé un laboratoire de recherche dans la capitale, Gaborone. Cependant, les changements sont lents à survenir dans ce pays malgré une telle générosité. Ainsi seulement 3000 patients se sont présentés dans les cliniques où sont distribués les médicaments gratuits, et 5 % des sidéens participant au programme sont morts en dépit des efforts déployés.
La prise de
conscience c’est bien mais…
Récemment, une étude-choc a démontré que les
filles de la Zambie sont cinq fois plus à risque de contracter le sida que
les garçons; une forte prévalence de l’inceste et de l’agression sexuelle
serait responsable de la propagation de la maladie. Quel sera le résultat en
Zambie de cette prise de conscience nationale? L’avenir nous le dira...
De leur côté, des étudiants du collège Moeding, au
Botswana, ont marché dans les rues pour dire que l’abstinence est la meilleure
façon de contrer le sida. Cette manifestation saura-t-elle convaincre les
autorités? Enfin, Teresa Kufuor, première dame du
Ghana, demande aux compagnies concernées de remplacer la promotion des condoms
par celle de l’abstinence. Pourra-t-elle influencer le cours des choses?
Une volonté de coopération pour
combattre le sida grandit en Afrique et s’oriente de plus en plus vers la
notion d’adoption de comportements chastes. Il y a quelques mois, une
conférence internationale a eu lieu en Afrique du Sud. Du 5 au
7 juin 2003, à Durban, des représentants du Nigeria, du Kenya, du Lesotho, de l’Afrique du
Sud, du Malawi, de la Zambie et du Zimbabwe se sont réunis pour une
première rencontre panafricaine sur la vie familiale. Olusegun Famure, une Ontarienne
d’origine nigérienne, a coordonné cette conférence. Elle décrit son expérience
dans les termes les plus enthousiastes. Pour elle, il ne fait aucun doute que les
Africains sont en train de se prendre en main. Des gens qualifiés de diverses
disciplines (médecins, experts en économie, etc.) sont venus de partout
pour participer aux échanges. La prochaine conférence est prévue en 2005 à
Abuja, Nigeria.
L’anthropologue sud-africaine Suzanne Leclerc-Madlala décrit, elle aussi, le phénomène de la
prise de conscience de ses compatriotes. Les gens se rendent compte qu’il faut
plus que des condoms, dit-elle. Avec plus de la moitié des décès attribuable
au sida, ceux qui reviennent des funérailles sont maintenant conscients qu’une
nouvelle maladie ravage le pays. Quelques personnes ont maintenant la sagesse
de parler de la nécessité d’un changement de comportement. […] Mais jusqu’à
présent, nous n’avons pas été assez motivés pour organiser des marches afin de
réclamer que la prévention du sida s’effectue à partir du changement des
comportements. Madame Leclerc-Madlala ajoute que
la promotion de l’abstinence et de la fidélité ne sera pas chose facile. Les
jeunes de son pays fréquentent les clubs raves. Il y a encore beaucoup
de réticence à accepter la notion de responsabilité sexuelle. Pourtant, même
s’il s’agit d’un message rabat-joie, dit-elle, c’est une question de santé tout
autant que de morale et une tactique essentielle à la survie.
De plus, il y a, en Afrique aussi, des divergences d’opinions entre les
personnes qui font la promotion de la sexualité protégée et celles qui prônent
l’abstinence. Dans le cinquième numéro de notre journal, j’ai cité
l’exemple du chef Makoni, du Zimbabwe, qui encourage
la virginité. Récemment, un incident
est survenu dans ce pays et a amené la population à se prononcer sur le sujet.
Pendant la nuit, un énorme panneau publicitaire a été démantelé. Cette affiche,
située à l’entrée de la ville, encourageait le port du condom. Interrogés sur
l’événement, les résidents ont appuyé majoritairement l’action des vandales en
disant que cette publicité incitait les jeunes à avoir des relations sexuelles
et que le condom n’était pas sûr à 100 %. Par contre, d’autres personnes
ont déclaré qu’elles ne croyaient pas que les jeunes pouvaient modifier leur
comportement et pensaient donc que le condom était le seul moyen de protéger
ceux qui sont actifs sexuellement.
Une chasteté
imposée, attention !
Toute transformation sociale n’est pas facile à réaliser. Ainsi, le roi du Swaziland, Mswati III, a décidé de faire revivre la vieille tradition du port de l’umcwasho, une sorte de tresse en laine portée par les vierges. Dans le but de maîtriser le sida et de réduire la pauvreté engendrée par la surpopulation, le projet initial du gouvernement interdisait le port du pantalon aux femmes et voulait que les femmes enceintes soient exclues de l’école et punies. En pratique, des adoucissements ont été apportés. On a toléré les pantalons, et aucune fille n’a été jugée. Cependant, la population s’est également montrée hostile aux garçons qui avaient séduit des filles. Malgré ces ajustements plus équitables envers les deux sexes, un problème majeur persiste au Swaziland. En effet, les mentalités n’ont pas vraiment changé. Pour se sentir femme, une fille croit qu’elle doit porter un bébé. Ce pays a un des plus haut taux de naissance au monde; pourtant, la population est en décroissance à cause du sida. En effet, 34,4 % de la population adulte est séropositive. Avec l’adoption des nouvelles mesures, les mères ont maintenant peur des conséquences sociales d’une grossesse, et certaines abandonnent leur enfant. Les hommes riches et influents ne sont pas punis de la même façon que les autres. Bref, il est difficile d’amener une transformation du comportement tant et aussi longtemps que les mentalités ne changent pas à l’intérieur même du cœur des hommes et des femmes.
En 1994, la
femme du président de l’Ouganda, Janet Museveni, a
soutenu une campagne en faveur de l’abstinence sexuelle avant le mariage. Menée
à Kampala par l’organisme américain True love wait (L’Amour vrai attend), cette
intervention aurait grandement contribué à réduire la transmission du virus
dans le pays selon une étude réalisée par Rand Stoneburner,
spécialiste du développement. Le succès est si phénoménal que l’Ouganda est
maintenant cité en exemple dans le monde entier. La politique préventive de
l’Ouganda consiste à faire la promotion de l’abstinence des relations sexuelles
jusqu’au mariage et à être fidèle à son ou à sa partenaire pendant le mariage.
De plus, les condoms ne sont distribués qu’aux personnes déjà séropositives ou
à très haut risque comme les prostituées. La population reçoit donc une
éducation sans ambiguïté. L’anthropologue
sud-africaine Suzanne Leclerc-Madlala
mentionne qu’il y a beaucoup à apprendre de pays plus pauvres tel l’Ouganda,
qui a remporté une grande victoire dans sa lutte contre le sida. Dans ce pays,
la prévalence du VIH était de 21 % en 1991. Elle est passé
à 6 % en 2001. C’est incroyable! Or, les chercheurs s’accordent à dire
que ce n’est pas l’usage du condom qui explique un tel succès. Les changements
significatifs observés sont de vraies modifications du comportement sexuel et
une volonté sociale de promouvoir l’abstinence en dehors du mariage et la
fidélité pendant. Ainsi une étude récente de chercheurs de l’université Harvard
a démontré une réduction de la prévalence des partenaires sexuels multiples de
18 % en 1989 à 8 % en 1995 et à 2 % cette année.
Des gens qui
s’engagent
Comment expliquer le succès en Ouganda et l’échec au Swaziland? Il semble que la prise de conscience collective soit nécessaire tout autant que l’action politique. Mais en bout de ligne, ce qui compte le plus, c’est que les gens croient à la nécessité d’adopter un style de vie chaste et qu’ils décident de modifier leurs comportements. Il doit y avoir un changement de direction qu’on peut qualifier de repentance nationale et de réveil collectif. La sagesse de l’Ouganda ne repose peut-être pas seulement sur l’introduction de programmes préventifs, mais aussi sur la volonté d’agir de la communauté.
La lutte contre le sida peut être gagnée lorsqu’on franchit toutes les étapes suivantes :
1. Prendre conscience de la présence de la maladie et des ravages qu’elle cause.
2. Constater que l’Occident, malgré les ressources dont il dispose, ne maîtrise pas les fléaux qui découlent de la hausse de la promiscuité.
3. Comprendre que la sexualité dite protégée ne s’attaque pas à la source du problème.
4. Faire la promotion de l’abstinence en dehors d’une relation monogame stable.
5. N’utiliser les condoms que pour les populations à très haut risque.
6. Encourager la participation volontaire de chacun.
7. Favoriser le changement des mentalités et des comportements.
Références :