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La sexualité des filles : opinion de spécialistes
Le présent numéro de notre journal est consacré à la sexualité des filles. Quatre professionnels œuvrant auprès des adolescents ou des jeunes adultes ont accepté de répondre aux questions de Chasteté-Québec. Le psychologue Jean-Pierre Rochon se spécialise en problèmes de dépendance comme l’alcoolisme et les toxicomanies. La docteure Julie Tessier est gynécologue-obstétricienne; après avoir consacré dans le passé une partie de ses activités professionnelles à visiter des écoles secondaires afin d’éduquer les jeunes filles à propos des examens médicaux qu’elles doivent passer, elle travaille présentement dans un hôpital ontarien. Nous avons également interviewé M. Yvon Dallaire, qui est psychologue et sexologue; il a enseigné la psychologie de l’enfance et de l’adolescence au niveau collégial pendant plusieurs années; son cours sur la psychologie du comportement sexuel a été très apprécié pendant les quatorze années où il a été donné; M. Dallaire est aussi auteur et vient de publier un livre qui aborde justement notre sujet : Moi aussi, moi plus – 1001 différences homme-femme. Finalement, Mme Florence Bois, sexologue clinicienne, a bien voulu aussi répondre à nos questions. Nous vous présentons ici un résumé des interviews.
En tout premier lieu, il convient sûrement de réaffirmer la différence entre les garçons et les filles, car ils ne vivent pas leur sexualité de la même façon. D’abord, selon Mme Bois, il semble que les filles soient beaucoup plus ouvertes à parler de sexualité que les garçons. Mais elles rêvent surtout de tomber amoureuses et d’être aimées. Elles fantasment davantage sur l’aspect sentimental et romantique d’une relation, ajoute M. Dallaire. Les filles ont toujours eu plus de retenue face à l’expérimentation sexuelle que les garçons, mais cette tendance pourrait bien être en train de se modifier (voir l’article intitulé Les femmes sont-elles vraiment plus libres ?). La pression ne fait qu’augmenter pour qu’elles passent à l’acte, le partenaire demandant souvent une relation sexuelle comme preuve d’amour. Plusieurs jeunes filles se sentent ambivalentes et vivent un stress face à ces pressions. Certaines accepteront de faire l’amour uniquement pour faire plaisir à leur copain, selon M. Rochon. D’autres seront plutôt sensibles à la compétition et auront des relations sexuelles afin d’avoir le garçon le plus beau, le plus populaire, le plus riche. D’après M. Dallaire et Mme Bois, c’est la course au prince charmant, qui pousse les filles à s’habiller, à paraître ou à se comporter de façon à attirer l’attention du gars convoité.
M. Rochon rencontre de plus en plus d’adolescentes dépendantes du clavardage « chat ». On peut penser que le clavardage avec un inconnu amène les jeunes filles à rêvasser à propos de leur interlocuteur, l’imaginant comme le prince charmant qu’elles ont toujours attendu. Les filles sont plus attirées par ce type de relation à distance que les garçons, car elles sont plus sensibles aux belles paroles; elles fantasment sur leur interlocuteurs selon certains modèles du cinéma ou de la chanson populaire. Toutefois, dans la réalité, les relations de couples de ces jeunes ne correspondent pas toujours à leurs attentes. Certaines filles subiront même du harcèlement et de la violence de la part de leur copain, plus verbale que physique, cependant.
De plus, plusieurs jeunes filles actives sexuellement vivent des inquiétudes principalement à cause du risque de grossesse, tandis que d’autres ont peur de finir par souffrir d’infertilité à force de prendre la pilule. En effet, comme le souligne la docteure Tessier, les filles sont mal informées encore aujourd’hui sur les moyens contraceptifs, car elles prennent leurs renseignements auprès d’amies, qui sont souvent elles-mêmes mal informées. Les filles ont aussi besoin de mieux connaître le phénomène des MTS. Par exemple, elles doivent savoir qu’elles peuvent être porteuses de maladies infectieuses tout en ne présentant aucun symptôme et que les complications peuvent mettre jusqu’à dix ans avant de se manifester. De plus, certaines se sentent invincibles, s’imaginant être à l’abri de tout problème, tandis que d’autres pensent, au contraire, qu’une grossesse précoce serait une bonne chose pour elles quand, en réalité, le résultat serait catastrophique. Enfin, Mme Bois précise que la majorité du temps, les filles comme les garçons pensent aux conséquences des activités sexuelles quand la relation va mal ou est rompue.
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Nous avons aussi demandé à nos spécialistes si les jeunes filles sont satisfaites de leurs activités sexuelles. Sauf la docteure Tessier qui dit ne pas avoir entendu de commentaires à ce sujet, les autres affirment que rares sont les filles pleinement épanouies sexuellement, le manque d’expérience y étant pour une grande part. Voici ce qu’en dit M. Rochon : « Elles sont maladroites, expérimentent un mélange de choses qu’elles ont lues, dont elles ont entendu parler, qu’elles ont vues à la télévision […] Sans compter les difficultés d’adaptation ainsi que celles reliées au stress de la performance. Le fait de perdre sa virginité peut occasionner en plus une certaine douleur physique. Oui, la déception est plus grande chez la fille à cause de la différence même entre les hommes et les femmes. En effet, la femme aime un certain environnement, un climat; elle aime la tendresse, les préliminaires […] Il est plus difficile pour l’adolescent de procurer tout cela à sa partenaire. »
M. Dallaire, quant à lui, souligne l’importance de l’expérimentation pour la jeune fille. En effet, contrairement aux garçons, les filles doivent apprendre le chemin du plaisir et de la jouissance. Ainsi des femmes peuvent avoir des relations sexuelles pendant plusieurs années avant de connaître l’orgasme. En attendant, les jeunes femmes anorgasmiques, à force de subir la pression de leur partenaire pour jouir, finissent par simuler l’orgasme pour satisfaire leur amant. Ce que la jeune fille cherche avant tout de ses premières expériences sexuelles, c’est la tendresse et l’intimité. La satisfaction aura lieu surtout si durant les fréquentations, l’amoureux a pu sécuriser sa copine suffisamment pour qu’elle réussisse à lui ouvrir son cœur, car la jeune fille a besoin d’une relation amoureuse solide avant d’offrir son corps.
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Et qu’en est-il après une rupture? Selon M. Rochon et Mme Bois, les filles souffrent davantage de leurs peines d’amour que les garçons, car elles les vivent plus profondément du fait qu’elles sont plus en contact avec leurs sentiments et leurs émotions. M. Rochon affirme de plus que la peine est plus grande s’il y a eu des relations sexuelles pour la simple et bonne raison que la séparation comporte un deuil, celui-ci englobant à la fois le sexe et l’intimité qui y est reliée. Ce deuil est plus marqué s’il s’agit de la première relation. La docteure Tessier croit avoir remarqué aussi une plus grande peine d’amour chez les filles actives sexuellement sans toutefois pouvoir en expliquer la raison. C’est peut-être aussi, comme M. Dallaire le pense, parce qu’elles ont l’impression de se donner entièrement dans la relation sexuelle. En effet, faire l’amour pour elles, c’est donner une preuve d’amour. On peut comprendre alors pourquoi à la rupture, la jeune fille peut se sentir rejetée, méprisée et qu’elle en conclut que le jeune homme n’a pas pris au sérieux son amour.
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Et la chasteté? Il y a encore aujourd’hui des jeunes qui n’ont pas de relations sexuelles. Ainsi, M. Rochon a rencontré autant des garçons que des filles sexuellement inactifs. Toutefois, comme ses clients souffrent d’une dépendance quelconque, l’abstinence, dans leur cas, est souvent due aux problèmes qu’ils vivent. Enfin, il est intéressant d’écouter ce que la docteure Tessier a remarqué chez les jeunes filles vierges qu’elle a rencontrées : « Ce sont celles qui sont le mieux éduquées, celles qui présentent la meilleure estime d’elles-mêmes et qui ont des projets d’avenir. Elles préfèrent attendre et se garder pour le bon partenaire, le moment venu. Il me semble que ce sont elles qui justement possèdent le plus de confiance en elles-mêmes. Ce sont celles qui sont le plus épanouies et également, celles qui viendront consulter pour choisir, au moment opportun, leurs contraceptifs. »
Merci à nos spécialistes pour leur contribution. Dans le prochain numéro de notre journal, ils répondront à nos questions sur la sexualité des garçons. Soyez au rendez-vous!
Louise
Couture