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Le contenu du forum de bavardage
Michel
Robillard, médecin omnipraticien
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Ce présent
article analyse les commentaires des personnes qui se sont exprimées dans le
forum de bavardage au cours de la dernière année. Dans le cadre de ce numéro
consacré aux difficultés de parler de la chasteté, je m’attarderai surtout aux
propos de ceux qui sont contre l’abstinence. Il est intéressant d’analyser
leurs arguments, car ils reflètent les réactions d’une grande partie de la
population québécoise.
C’est
évident, on est loin d’être indifférent à la sexualité, et tout le monde réagit
au mot « chasteté ». Certains sont fortement en accord et d’autres
fortement en désaccord. Ici, pas de place pour les tièdes ! Sur le plan
émotionnel, on en a vu de toutes les couleurs. On sent bien que certains sont outrés,
dépassés, choqués, en colère ou frustrés de simplement entendre le mot
« chasteté ». La réaction est souvent viscérale, et les cheveux de
certaines personnes leur dressent sur la tête! En étant à l’écoute des
discussions, nous pourrons ensuite tenter de comprendre pourquoi ce sujet
suscite des réactions aussi violentes. D’autres articles de ce numéro
approfondiront la question.
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Il
y a des réactions de surprise : Qu’est
cé ça ? Come on, on est en 2001 ! T’as pas évolué ? Après tout, les médias
sont loin de nous présenter les choses de cette manière. Cela fait tout un
contraste !
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Certains
ont appuyé leurs arguments sur la notion de la liberté d’expression et sur la
tolérance. Ils voulaient museler ceux qui ont des convictions sur la chasteté
au nom de la tolérance et de la liberté d’expression ! C’est un peu paradoxal,
non ?
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On
sent souvent dans les propos de ceux qui s’opposent à la chasteté que se
dressent rapidement des barrières pour prévenir un retour éventuel d’un
contrôle social de la sexualité. Ce n’est pourtant pas du tout le but des
personnes qui désirent parler de l’abstinence en dehors d’une relation stable.
La chasteté est une maîtrise de soi qui vient de l’intérieur. Si on a une
manière de voir les choses plutôt qu’une autre, ce n’est pas une raison pour
l’imposer à l’autre. Mais on peut en parler. C’est ça, la liberté d’expression
!
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On
a parfois été accusé de désinformer les jeunes. Pourtant, une bonne information
nécessite qu’on entende les divers points de vue sur une question donnée. En
fondant ce site, notre premier but était d’encourager les jeunes qui ont déjà
choisi l’abstinence. Nous voulions également montrer à ceux qui hésitent avant
d’avoir des relations sexuelles et à ceux qui sentent que leur entourage exerce
une pression sur eux que l’idée d’attendre n’est pas si bête. Enfin, nous
voulions indiquer une autre voie à ceux et à celles qui ont souffert des
conséquences de la promiscuité. Ce site est donc tout à fait justifié. Les
autres façons de voir ne manquent pas d’ambassadeurs.
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D’autres
ont accusé les personnes chastes de dire que le sexe est sale. Je n’ai pourtant
vu personne, parmi les chastes, exprimer de tels propos. Au contraire, les
personnes chastes croient que la sexualité est une si belle chose qu’il faut la
garder comme la valeur la plus précieuse que l’on possède jusqu’au jour où l’on
est prêt à la partager avec l’élu ou l’élue de son cœur. Des jeunes ont déclaré
que leur sexualité est un cadeau que l’on offre à une personne que l’on aime
vraiment.
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Les
idées découlant de la psychanalyse sont aussi répandues. Pas étonnant, puisque
plusieurs pionniers de la révolution sexuelle ont été des disciples de Freud
avant de fonder leur propre école de pensée. Des internautes ont donc exprimé
que le refoulement du désir pouvait amener des problèmes. C’est un débat que je
trouve intéressant. Mais peu de gens connaissent bien les théories de Freud.
Freud désignait par « refoulement » un phénomène inconscient par
lequel le « moi » rejette une impulsion. Un contrôle de soi
conscient, tel que le préconise un style de vie chaste, n’est donc pas
du « refoulement ». Saviez-vous aussi que Freud avait prédit la
catastrophe si, un jour, les humains se laissaient guider par le principe du
plaisir ? Ce sont des disciples comme Reich, dans les années trente, et
Marcuse, dans les années cinquante, qui l’ont contredit et qui ont posé les
bases de la révolution sexuelle. Leurs idées se sont répandues au cours des
quarante dernières années et la plupart des gens croient aujourd’hui que le
sexe est un besoin vital. Selon certains, on ne peut ni le contrôler ni s’en
passer. Pourtant, l’histoire regorge de témoignages de personnes qui ont vécu
des vies tout à fait épanouies sans les joies du sexe. On ne peut pas vivre
sans manger, mais on ne meurt pas si on s’abstient de relations sexuelles.
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Les
discussions ont aussi abordé d’autres conséquences possibles de la chasteté et
de la sexualité hors mariage. Certains voyaient l’abstinence comme du
masochisme. Alors que d’autres, au contraire, énuméraient les conséquences
physiques et émotionnelles pouvant découler de la sexualité précoce.
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De
bonnes discussions ont aussi abordé la question des relations hommes/femmes.
Pour les uns, la sexualité est un moyen d’expression et de communication par
lequel on peut apprendre à connaître l’autre et à se connaître. Un jeune répond
en disant qu’il n’est pas d’accord avec la philosophie « Je baise
donc je m’exprime ». Il indique que la pratique de l’abstinence sexuelle
ne signifie pas nécessairement absence de communication et d’expression
corporelle. Selon lui, dire à quelqu’un « prends soin de toi » en le
caressant dans le dos, lui dire « je tiens à toi » en ayant la main
sur son épaule, ou bien « je t’aime » en le serrant dans ses bras,
c’est aussi une forme de communication et d’expression corporelle.
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Nous
avons aussi observé dans notre forum de bavardage une forte association dans
les commentaires entre la foi et la sexualité. Les déclarations du genre Dieu a dit ou n’a pas dit sont
fréquentes et souvent virulentes. La ferveur religieuse ou anti-religieuse fait
donc partie du débat. Même si elle peut être attrayante pour des raisons de
santé, la chasteté est, rappelons-le, une valeur de base pour les croyants de
toutes les grandes religions. La foi en Dieu est certainement une motivation
importante qui amène un jeune à s’abstenir des relations sexuelles. J’entends
souvent des commentaires du genre Je
m’abstiens parce que Dieu le demande. J’aimerais bien que ces jeunes me
disent pourquoi ils pensent que Dieu a dit cela. Dieu devait avoir de bonnes
raisons, non ? Quant aux anti-religieux, ils devraient peut-être se demander
pourquoi ils ont tant de mal à réfléchir aux questions entourant leur sexualité
lorsque cela remet en cause leur comportement. Ne devraient-ils pas s’examiner
et prendre conscience des stéréotypes qu’ils ont face à la chasteté et à la
religion ? Ne faudrait-il pas aussi découvrir pourquoi il y a des émotions si
fortes en nous à propos des enseignements passés de l’Église (voir l’article de
Line Bilodeau) ?
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Plusieurs
personnes désapprouvent qu’on parle des conséquences possibles de la sexualité
en dehors d’une relation stable. Selon eux, il ne faut pas répandre la peur.
C’est un fait que les dangers reliés à la sexualité hors mariage font peur. Et
on aime mieux ne pas voir ce qui fait peur. Qui veut connaître la véritable
efficacité des condoms ? Des moyens contraceptifs ? Qui veut savoir les
problèmes que doit affronter une mère adolescente ? Et les coûts pour la
société ? Non ! On préfère ne pas savoir et on aimerait bien que ceux qui
veulent nous dire la vérité se taisent. Pourtant, dans d’autres domaines, on
insiste pour être bien informé et pour que notre consentement soit libre et
éclairé. Mais pour la sexualité, on préfère ne pas savoir plutôt que de
réévaluer nos comportements. S’agit-il de sentiments refoulés de culpabilités
face à des comportements potentiellement dangereux pour soi et pour les autres
(MTS, perte de virginité, protection inadéquate, avortement, etc.) ? Ou de la
peur de perdre l’accès aux plaisirs sexuels ? En tout cas, selon les personnes
chastes, attendre jusqu’au mariage est le meilleur moyen de profiter au maximum
de l’amour et du sexe et d’avoir bonne conscience.
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Enfin,
certains commentaires reflètent les échecs d’une société déchirée par le
divorce. Ceux qui ont vu leurs parents se séparer peuvent difficilement croire
au mariage et ils manquent de confiance dans leurs relations amoureuses. Vivre
une relation intime et durable, pensent-ils, c’est impossible ! D’autres sont
déçus de leur partenaire qui a fait de belles promesses et qui s’est évaporé.
La fidélité, c’est une utopie, disent-ils ! Ces jeunes ont du mal à se prendre
en main, à croire que l’idéal du mariage est possible et que les échecs
antérieurs ne conditionnent pas nécessairement le futur. Le mouvement pour la
chasteté offre des conseils précieux à ceux et à celles qui cherchent à
atteindre l’idéal d’une famille stable et heureuse.
J’ai énuméré
diverses croyances et différentes réactions que nous avons lues dans le forum
de bavardage. Chasteté-Québec
souhaite créer un milieu où il est possible d’explorer le thème de la chasteté
dans un climat de respect. Nous aurions aimé que les dialogues du forum aient été
plus chaleureux qu’ils ne l’ont été. Mais il n’est pas facile de parler de
chasteté sans brandir les notions de répression, de peur et d’interdit. Malgré
tout, plusieurs discussions ont été fort instructives. Nous avons apprécié la
contribution de tous, même de ceux qui ne sont pas d’accord avec nos propos et
qui nous critiquent rudement.
Ça m’étonne quand même de
voir des jeunes être si agressifs. Après tout, ils n’ont pas connu l’époque où
la sexualité était réprimée et ont probablement très peu lu là-dessus. Comment
cette haine s’est-elle transmise ? Par le biais de leurs parents, des
éducateurs et des médias sans doute. Il s’agit, dès lors, des préjugés et des
tabous de notre société.