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Le 7e ciel [i]

Michel Robillard, médecin omnipraticien

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Aujourd’hui, Josiane, une élève de quatrième secondaire, étudie le chapitre 17 de son manuel de FPS (formation personnelle et sociale)[ii] intitulé Le 7e ciel. On y parle du plaisir. La réflexion suivante, placée dans l’introduction, est très intéressante : Le plaisir fait partie de la vie mais il n’est pas, à lui seul, toute la vie ! On mentionne aussi qu’il existe d’autres plaisirs que le plaisir sexuel.

 

         Selon les auteurs du manuel, l’être humain serait la seule créature vivante capable de ressentir un orgasme. Fantastique non ? Nous ressentons la jouissance avec notre tête et non avec nos organes génitaux. Nous sommes des êtres pensants. Nous ne sommes pas soumis à des instincts aveugles. Ce n’est pas moi qui le dit, mais bien les auteurs du livre de Josiane : Chez les être humains, la sexualité se passe « dans la tête ». Les femmes et les hommes décident toujours de leur conduite sexuelle et ne répondent pas à une pulsion ou à un instinct aveugle qui les dépasse.

 

En analysant les composantes du plaisir sexuel, le manuel mentionne qu’il y a plusieurs formes de plaisir : l’intimité, la tendresse, l’amour, la connivence, le partage ou la communion sont des formes de plaisirs psychologiques liés à la relation amoureuse. L’entraide procure aussi un plaisir spirituel qui provient de la sensation de dépassement de soi, disent les auteurs.

 

         On parle ensuite des phases de la rencontre sexuelle chez l’être humain. Le désir, ou libido, provient de l’intérieur de l’individu. Il est fait des sentiments, des émotions, des attitudes et de l’intelligence de chacune et de chacun. […] Lorsqu’une personne choisit de donner libre cours à son désir, son corps commence à réagir à l’excitation. Ensuite seulement, on peut observer des réactions corporelles chez la personne excitée. Puis, au cours de la relation sexuelle, alors que l’excitation s’emmagasine dans le cerveau, l’orgasme peut se produire comme une décharge électrique dans les deux hémisphères cérébraux et dans la moelle épinière. Il ne se produit pas à tout coup, disent les auteurs. Bon nombre de femmes ont précisé que même lorsqu’elles n’éprouvaient pas d’orgasme lors d’une rencontre sexuelle avec l’homme qu’elles aimaient, elles étaient très satisfaites : cette rencontre leur permettait de partager l’intimité de l’autre, d’échanger de la tendresse, d’exprimer à l’autre leur affection et leurs sentiments. Enfin, les auteurs ajoutent que la pornographie a déformé la perception qu’ont les gens de l’orgasme. Celui-ci est présenté comme l’idéal devant être atteint à chaque rencontre sexuelle par chacun des partenaires.

 

         À la page suivante, on ne se gêne pas pour dire aux jeunes que la recherche exclusive du plaisir est la preuve d’un profond égoïsme puisque l’autre n’est considéré que comme un objet qui permet d’atteindre le plaisir convoité. […] Une telle conduite dénote une immaturité caractérisée. […] Et les partenaires sont rarement gagnants dans une telle situation. En effet, si la relation sexuelle est vécue alors qu’il y a peu de sentiment entre les partenaires, la sensation qui l’accompagne est généralement décrite négativement. […] L’agir sexuel doit être ressenti comme bon autant sur le plan physique que moral

 

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         Pensons maintenant à l’application des principes qu’on enseigne à Josiane. Je ne puis que louer les auteurs pour les réflexions qu’ils ont apportées aux jeunes. Oui, la vie est plus que le plaisir et le plaisir sexuel n’en est qu’un parmi les autres. Oui, il est possible pour les humains de maîtriser leurs pulsions sexuelles et de choisir quand donner libre cours au désir et quand le retenir. Nous ne sommes pas des animaux. Oui, l’orgasme est une sensation physique, mais elle est liée au contexte psychologique dans lequel il est vécu. Oui, la pornographie a déformé la notion de relation sexuelle en décrivant le partenaire comme un objet convoité, source du plaisir, et devant procurer l’orgasme à tout coup !

 

         J’approuve la franchise des auteurs lorsqu’ils abordent le thème de la sexualité dans ce chapitre. Toutefois, je pense qu’ils auraient dû préciser que l’adolescence n’est pas encore le temps propice aux relations sexuelles. Il n’y avait qu’un pas à faire et cela aurait été tout à fait conséquent avec leur enseignement. Je comprends qu’ils ont cherché à suggérer, qu’ils ont voulu amener les élèves à comprendre par eux-mêmes. Mais les jeunes ont besoin d’être guidés à l’aide de directives claires. La plupart des ados pensent encore d’une manière très concrète.

 

Aussi, je me demande si Josiane et ses camarades ont vraiment réfléchi à la portée de l’enseignement qu’ils ont reçu. Sauront-ils appliquer ces notions et attendre le moment propice pour faire l’amour ? Pourront-ils éviter l’influence négative de la pornographie et de ses adeptes ? La sexualité sera-t-elle au service de leur couple, ou seront-ils esclaves d’une conception erronée de la sexualité ?

 

Personnellement, j’ai longtemps réfléchi à ces questions et j’ai conclu qu’il faut avoir le courage d’adopter une position claire. Les jeunes veulent savoir quand ils pourront faire l’amour. Une réponse vague les embrouille souvent plus qu’elle ne les aide. On sent l’hésitation des auteurs lorsque, après avoir donné leur enseignement, ils disent : Bien sûr, le respect de ces valeurs ne rend pas nécessairement une relation sexuelle responsable, mais il y contribue sûrement.

 

Chasteté-Québec croit qu’une relation sexuelle ne peut être pleinement raisonnable sur le plan éthique[iii] que si elle est vécue à l’intérieur d’une relation conjugale où un homme et une femme se sont engagés à vivre ensemble de façon permanente. Bien qu’imparfait (rien ne garanti la réussite conjugale à 100 %), le mariage est le meilleur gage de réussite de la vie du couple. Pourquoi ne pas attendre ce moment magnifique pour vivre les relations sexuelles d’une manière épanouissante ? En attendant, lorsque tu auras des désirs, tu pourras les exprimer d’une autre manière. Rien ne t’empêche de démontrer ton affection et ton attachement à la personne que tu aimes par mille et un petits gestes. Souviens-toi que cela vaut la peine d’attendre, car se marier vierge, c’est réserver son intimité sexuelle la plus profonde pour celui ou celle avec qui tu désireras partager toute ta vie. Ce n’est certainement pas une idée si stupide que ça !



[i]    Cet article est le troisième d’une série d’articles visant à commenter le livre de Josiane (voir les deux numéros précédents).

[ii]    Beaulac G, Côté C, Côté J, Gilbert F, Paquette L, Formation personnelle et sociale, 4e secondaire – manuel de l’élève, McGraw-Hill, 1989.

[iii]    Voir l’article intitulé Aujourd’hui l’expert c’est toi dans le numéro 4 du journal – Automne 2001.

 

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