Line Bilodeau, psychologue clinicienne
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J'ai eu un
rêve
À l'âge de quinze ans, j'ai eu un rêve
: celui de devenir psychologue. J'étais en 4e secondaire et je me
suis mise à lire un livre de psychologie.
Tout à coup, comme ça, j'ai eu cette révélation : « Voilà ce que je
veux devenir, une psychologue. » Plus
je lisais, plus je m’imaginais dans mon bureau, dotée des compétences
nécessaires pour aider mes clients à dénouer les impasses dans leur vie.
J'avais des aptitudes, c'est sûr. J'étais déjà d'une bonne écoute. Plusieurs personnes, pas nécessairement des
amis, venaient se confier à moi, mais ce n'était pas assez. Ce jour-là, j'ai su que je voulais
plus. Je voulais devenir
psychologue. Ai-je planté ma pancarte
et annoncé mes services ? Vous pensez bien que non. Mais mes pensées, mes choix, mes décisions ont commencé à
s'orienter dans cette direction.
Les exigences
J'ai commencé par m'informer afin de
connaître les préalables pour devenir psychologue. Quelles étaient les exigences ?
J'ai constaté qu’on demandait au minimum deux années de cegep, cinq ans
d'université (à cette époque seule la maîtrise était exigée). Encore au moins sept ans ! Je voulais bien devenir psychologue, mais
jusqu'où étais-je prête à aller pour réaliser ce rêve? Étais-je prête à passer toutes ces années à
m’astreindre à cette formation ?
Allais-je avoir l'énergie d'attendre afin d'apprendre à développer les
habiletés nécessaires pour réaliser mes ambitions ?
Quand j'ai considéré tous les avantages
liés au fait d'exercer une telle profession, j'ai décidé de m'engager. J'ai donc orienté ma vie, mes choix en
fonction de ce rêve. J'ai travaillé,
j'ai étudié. J'ai appris à développer
des habiletés que je ne possédais pas.
Je me suis soumise aux recommandations et aux conseils de
formateurs. Et je me suis souvent
dit : « C'est trop long, je n'y arriverai pas. Existe-t-il un chemin plus court ? »
Pourtant, malgré tous ces doutes, ce rêve
me poursuivait toujours. J'ai alors
continué. À la fin de mon baccalauréat,
en regardant les petites annonces, j’ai vu des offres d’emploi comme
technicienne en relation d'aide, comme psychométricienne. C'était tentant d'arrêter mes études et de
commencer à travailler tout de suite.
Après tout, ça faisait longtemps que je me préparais. Mais arrêter à ce moment n'allait pas faire
de moi une psychologue. J'ai encore
continué.
Une fois le rêve atteint…
Je me souviens du jour où j'ai reçu mon
attestation. J'avais enfin réalisé mon
rêve, après bien des années de préparation, d'attente et de formation. J'étais enfin devenue une psychologue. J'aimerais bien vous dire qu'à partir de ce
jour, j'ai vécu heureuse comme psychologue jusqu'à la fin des temps. Ce n'est pas tout à fait juste. Après quelques mois de pratique
professionnelle, je me suis vite rendu compte que je faisais face à des
problèmes que je n'arrivais pas à résoudre.
Je possédais plusieurs compétences nécessaires, mais je ne les
maîtrisais toujours pas. J'ai dû demander
de l'aide, poursuivre ma formation, être supervisée. Mais le rêve que je
m'étais fixé, je l'ai atteint et j'apprécie toujours avoir la possibilité de
m'épanouir dans un travail enrichissant que j'aime profondément.
Le mariage,
cet autre rêve
Il existe un rêve d'un tout autre ordre :
celui de rencontrer l'âme sœur et de bâtir une vie de couple solide et
durable. Il anime garçons et filles dès
leur jeune âge.
Il fut une époque, pas très lointaine, où
c'était à travers le mariage que se concrétisait un tel rêve. Les jeunes amoureux prenaient le temps de se
préparer à devenir des époux. La
période de fiançailles constituait une période d'engagement, de préparation, de
formation, d'attente en vue d'une vie idéale de couple et d'engagement
mutuel. On vivait dans l'espérance, le
désir de ce jour où cette traversée de la vie à deux allait débuter. On s'y préparait. L'homme construisait sa maison, la femme préparait son trousseau. Et tous deux se désiraient.
À cette époque, la chasteté possédait ses
lettres de noblesse. Elle était une
vertu, donc essentiellement positive.
Elle véhiculait une vision sacrée de l'amour et de la vie. Virginité, chasteté et mariage allaient de
pair. Les relations sexuelles se
vivaient à l'intérieur du mariage et représentaient le don total de soi,
l'engagement suprême de l'un envers l'autre.
(Trop souvent, dans l'histoire, la chasteté était malheureusement exigée
que de part de la femme.)
À l'intérieur de ce contrat qu'était le
mariage, le couple s'engageait à vivre ensemble et à avancer contre vents et
marées. Les relations sexuelles étaient
alors un acte sacré, la consécration de cette union. Le couple unissait non seulement leur amour et leurs projets,
mais aussi bien leur corps et leur âme.
À la vie et à la mort.
Qu'est-il
advenu de ce rêve?
Au Québec, nous avons vécu une période qui
est encore qualifiée de « l'époque de la grande noirceur ». Une époque où les systèmes religieux et
politique dominaient avec emprise. La
morale religieuse, véhiculant cet idéal du mariage, le faisait plus souvent
qu'autrement à travers la peur, l'interdit et la menace. Mais les années « peace and love » ont
réussi à rejeter toute morale répressive et à lever le siège des interdits.
Ainsi, au cœur de notre idéal collectif,
l'idéal du mariage est devenu de l'histoire ancienne, une histoire romanesque,
un conte de fée empreint d'irréalisme et de naïveté. En faisant un trait sur l’aspect sacré du mariage, on a tout jeté
par-dessus bord, le bébé avec l'eau du bain !
Voulant se défaire d'une tyrannie, tout y est passé : la morale
répressive et… l'idéal.
Et pourtant… Ce rêve d'un amour unique, d'un don total et intemporel
demeure. Nombreux sont les jeunes qui
aspirent à rencontrer le partenaire idéal avec qui il sera possible d'aimer et
d'être aimé, de construire, de s'engager dans un sentiment de continuité. Vivre ainsi tous les jours jusqu'à la fin de
leur vie. Sommes-nous en mesure de
soutenir ces jeunes dans la poursuite de leurs rêves ? C'est ce que nous voulons faire à
Chasteté-Québec : redonner son sens au
mariage, développer des valeurs d'engagement, de chasteté, d'espoir qui
orientent les jeunes vers cet idéal, offrir un soutien au cours de ces années
de préparation et de formation.
Vivre l'idéal
Nous insistons beaucoup quant à la
formation professionnelle, parce que nous savons que le choix d'une carrière
influence grandement le cours de notre vie.
Comment pourrait-il en être autrement par rapport à la vie amoureuse? Devant le taux de séparation, de divorce, de
l'absence de continuité, est-il préférable de se contenter du moment qui passe
en se disant « vaut mieux peu que pas
du tout ? » Je dis souvent aux jeunes
que je rencontre que leur idéal de découvrir l'âme sœur et de bâtir une vie de
couple solide et durable est précieux.
Mais je pose aussi la question à savoir s'ils sont prêts à s'investir à
fond dans la poursuite de cet idéal ?
Poursuivre un idéal n'est pas facile. Il est nécessaire de bien mesurer les
exigences, d'en calculer le prix.
Aussi, es-tu prêt(e) :
Ø à prendre le temps de t'informer pour savoir quelles
sont les exigences pour vivre une relation de couple durable ?
Ø à t'investir dès maintenant et complètement dans la
poursuite de cet idéal ?
Ø à orienter dès à présent ta vie, tes choix, tes
pensées et tes décisions en fonction de ce rêve ?
Ø à développer ta personnalité, tes connaissances, tes
compétences et tes habiletés pour vivre cette vie de couple à laquelle tu
aspires ?
Ø à vivre une période d'attente où tu choisis
volontairement de développer des relations diversifiées et profondes et de te
donner le temps de bien choisir avant de te donner entièrement ?
Ø à considérer la chasteté comme un trait de caractère à
développer ?
Ø à tout mettre en place pour devenir ce conjoint idéal
?
Ø à prendre le temps de connaître comment découvrir ce
compagnon, cette compagne idéale qui est prêt(e) à tout mettre en branle dans
sa vie pour devenir ce conjoint idéal?
Il n'est pas difficile de faire preuve de patience, d'espoir
et de discipline et de vivre dans l'attente.
Observe ces couples âgés marcher main dans la main, se parler avec
tendresse et complicité. Écoute ceux
qui ont traversé de petits et de gros problèmes et qui racontent la manière
dont leur engagement les ont soutenus à travers les épreuves. Et avec d'autres, tu pourras dire : «
Oui, ce rêve est toujours possible. »