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Les MTS : peut-on les soigner facilement ?

Dr Michel Robillard, médecin omnipraticien

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            Les maladies transmises sexuellement, c’est plusieurs maladies. Elles ne nous rendent pas toujours malades. On peut être porteurs et les transmettre à d’autres sans avoir de symptômes. Mais les porteurs qui n’ont pas de symptômes peuvent aussi avoir des séquelles. Par exemple, une femme peut devenir stérile à cause d’une infection à chlamydia sans n’avoir jamais eu de douleur. En effet, les recherches récentes démontrent que plus de 40 % des personnes infectées développeront une salpingite et que ces personnes n’auront aucun symptôme dans deux tiers des cas[1]. Or, une première salpingite entraîne la stérilité dans environ 15 % des cas. Les risques de stérilité doublent à chaque infection subséquente. Ainsi, une personne qui attraperait une seconde salpingite aurait 30 % de risque d’être stérile et le taux grimpe à 60 % lors d’une troisième infection[2].

 

Personne n’est à l’abri des MTS, à moins que les deux partenaires n’aient jamais eu d’autres partenaires au cours de leur vie. J’ai remarqué, en lisant le forum de discussion, que les jeunes pensent que les MTS ne s’attrapent que si on fait l’amour avec des personnes malpropres. Et bien non ! Ça ne se voit pas dans le visage. Et si le risque s’accroît avec le nombre de partenaires, rien ne dit quand le mal frappera. Il y a des jeunes qui attrapent une MTS lors de leur toute première relation sexuelle avec un partenaire qui n’est pas vierge. Faut le faire ! Pourquoi est-ce comme cela ? Parce que les MTS sont devenues très fréquentes depuis qu’on a libéré nos mœurs sexuelles. Les experts estiment que l’incidence réelle des MTS est d’environ 25 % chez les adolescents actifs sexuellement[3]. Une adolescente de 15 ans a une chance sur 8 d’attraper une salpingite[4]. Dans l’ensemble, les MTS sont à la hausse depuis les quarante dernières années. Et cela, malgré les progrès de la science ! Certaines d’entre elles sont moins fréquentes qu’elles ne l’étaient auparavant (gonorrhée, syphilis, et même chlamydia), mais elles n’ont pas complètement disparu, loin de là! D’autres MTS sont à la hausse (herpès, virus du papillome humain (VPH) et sida). Aujourd’hui, des milliers de jeunes sont infectés par ces microbes parce qu’on ne leur a pas dit que seule l’abstinence les protège vraiment.

 

En 1998, une étude menée dans une université américaine rapporte un taux d’infection de 60 % des étudiants par le VPH[5]. C’est incroyable !  Plus d’un étudiant sur deux est porteur du microbe ! Au Canada, en l’an 2000, la présence de ce virus a été détectée chez 21 % à 24 % des Ontariennes de 20 à 24 ans[6]. Le VPH est la cause du cancer du col de l’utérus, de la vulve, du pénis, de l’anus, et il joue aussi un rôle dans certains cancers de la peau. Il est également responsable des verrues appelées condylomes qu’on observe sur les parties génitales de certaines personnes qui sont porteuses de ce microbe.

 

L’herpès est également une MTS virale très fréquente. Au sein de la population en général, 21,9 % des Américains étaient infectés par le virus en 1994[7]. Au Canada, 20 % des femmes admises à la salle d’accouchement sont porteuses du virus. La fréquence des porteuses varie toutefois en fonction du nombre de partenaires qu’elles ont eus au cours de leur vie. Plus de 55 % des femmes qui avaient eu plus de 10 partenaires avaient été affectées par le virus, alors que seulement 4,6 % des femmes n’ayant eu qu’un seul partenaire à vie possédaient des anticorps contre l’herpès de type 2[8]. La présence d’anticorps chez les femmes n’ayant eu qu’un partenaire peut s’expliquer par le fait que leur partenaire avait eu d’autres partenaires.

 

L’herpès provoque des vésicules douloureuses aux parties génitales. Ces irruptions peuvent se présenter à un intervalle variable. Si une femme enceinte a une irruption dans la semaine qui précède l’accouchement, il est fort possible que l’enfant attrape la maladie. La maladie du nouveau-né est une catastrophe ! Sans traitement, le taux de mortalité des bébés infectés est de 65% pour une mère qui présente une première infection d’herpès. Le cerveau de l’enfant est habituellement atteint, et, parmi ceux qui s’en sortent, seulement 10 % auront un développement psychomoteur normal[9].

 

L’herpès, comme les autres MTS, a aussi un impact psychologique sur les personnes porteuses. Des recherches révèlent que les personnes atteintes d’herpès génital ont le sentiment d’avoir été trahies, abandonnées et utilisées[10]. Le sentiment de dépression, la peur du rejet et le sentiment d’isolement sont presque universels au moment du diagnostic ( 82 %, 75 % et 69 %) et persistent par la suite (52 %, 52 % et 36 %). Plusieurs d’entre elles préfèrent ne pas avoir de partenaire sexuel pour ne pas être rejetées. La douleur ressentie lors des récidives occasionne une perte du désir. Ces personnes ont aussi moins d’appétit sexuel pendant les périodes d’accalmie, parce qu’elles se sentent moins désirables.

 

Le sida n’est pas aussi fréquent que les deux maladies citées précédemment. Par contre, il s’agit d’une maladie terrible, tout le monde le sait, qui touche de plus en plus les hétérosexuels[11],[12]. Santé Canada mentionne que 9,8 % des sidéens étaient des femmes en 1985, et 21,5 % en 1996. Le pourcentage d’hommes hétérosexuels a également augmenté de 7,4 % à 21,8 %. En 1998, on dit que 0,2 % des femmes enceintes sont séropositives au Canada[13]. À la clinique l’Actuel, un centre médical de Montréal spécialisé dans le traitement des MTS, on a constaté que la proportion de la clientèle hétérosexuelle est passée de 10 %, avant 1990, à 40 % depuis 1998[14]. La bisexualité, l’utilisation des drogues intraveineuses, la prostitution et le tourisme sexuel dans les pays où le sida est très répandu, sont responsables de l’importation du virus dans la communauté hétérosexuelle. En 1995, 70 % des nouveaux cas de sida survenus chez des femmes canadiennes étaient attribuables à des contacts hétérosexuels, sans autre facteur de risque identifiable[15].

 

Si le sida continue à se propager en Occident parmi les hétérosexuels, il faut s’attendre au pire. Ne comptons pas trop sur les nouveaux médicaments. À l’aide de ces traitements, le taux de mortalité a diminué de 75% entre 1994 et 1997[16]. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Il est possible que ces découvertes aient, en fait, changé le portrait d’une maladie autrefois mortelle en une maladie chronique, comme le cancer ou la sclérose en plaques. De plus, la triple thérapie coûte très cher à la société ou aux individus qui en assument les coûts. Elle nécessite la prise de plusieurs médicaments chaque jour et l’observation de contraintes alimentaires et liquidiennes. Les patients ont  souvent  des effets secondaires importants,  si bien que 45 % ont reconnu avoir omis au moins une dose au cours de la semaine précédente, une donnée inquiétante quand on sait que des études américaines établissent à 95 % le taux d’observance requis pour tirer le maximum de profit d’un traitement antirétroviral[17]. Enfin, plusieurs chercheurs estiment que les jeunes homosexuels prennent plus de risques parce qu’ils se croient maintenant protégés par les nouvelles thérapies anti-rétrovirus[18]. Les hétéros pourraient bien raisonner de la même façon !

 

Plusieurs raisons expliquent l’augmentation de la fréquence des MTS. En voici quelques-unes :

Ø       Difficulté à poser un diagnostic (moyen technique, coût, absence de symptômes, etc.)

Ø       Absence de traitement curatif (qui élimine le microbe et ne fait pas que soulager)

Ø       Prise irrégulière des médicaments

Ø       Résistance des microbes aux médicaments

Ø       Inefficacité des condoms contre plusieurs les MTS

Ø       Inconstance à porter les condoms

Ø       Habitudes sexuelles dangereuses (plusieurs partenaires au cours d’une vie, etc.)

Ø       Mobilité de la population (on rapporte des MTS des autres pays)

Ø       Réactions psychologiques (peur de consulter, indifférence, etc.)

 

Ceux qui préfèrent avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires au cours de leur vie (même s’ils se succèdent à des intervalles de plusieurs mois) préconisent des mesures susceptibles de protéger contre les MTS (voir l’article du Dr Luc Chaussé sur les condoms). Ces personnes disent également que les MTS, ça se soigne ! Est-ce bien vrai ? Ou n’est-ce pas une façon de se donner bonne conscience afin de pouvoir continuer la pratique de nos bonnes vieilles habitudes sexuelles héritées de la révolution tranquille des années 60 ? Si nous sommes conscients des dangers que représentent les MTS pour notre santé, il nous faut changer nos habitudes sexuelles. Trop de facteurs échappent au contrôle des professionnels de la santé pour espérer que le système de santé puisse un jour venir à bout des MTS tout en laissant les gens croire qu’ils peuvent se permettre d’avoir plusieurs partenaires au cours d’une vie. Devant l’ampleur des problèmes, une seule solution m’apparaît raisonnable : éduquer la population des bienfaits de l’abstinence sexuelle en dehors d’une relation monogame stable pour toute la vie. L’abstinence en dehors du mariage et la fidélité au cours de la vie conjugale garantissent la protection contre les MTS. Les fonds publics seraient bien dépensés s’ils étaient utilisés pour créer des programmes d’enseignement sur l’abstinence aux jeunes adolescents. On pourrait ainsi économiser les dépenses liées au traitement des MTS et à leurs complications (maladie, infertilité, troubles psychologiques et sexuels, etc.).

 

Il est temps de mettre de côté les programmes d’enseignement inefficaces axés sur l’utilisation du condom. Faites donc bien attention lorsque vous écoutez des émissions populaires à la télévision ou lorsqu’on vous enseigne des choses à l’école. Ayez l’esprit critique! Les discours qu’on entend visent à faire la promotion des condoms -  une stratégie inefficace et dangereuse. On ne crie pas sur les toits le côté noir des MTS et des condoms afin de ne pas faire paniquer la population. On n’enseigne pas l’abstinence parce qu’on considère que c’est un choix désuet. On pense que les êtres humains sont incapables de maîtriser leur sexualité (voir le journal d’automne 2000). Est-ce raisonnable ?

 

MR

 

 



[1]    National Institue of Allergy and Infectious Diseases, Report Recommends Routine Screening for Chlamydial Infection. Date line : NIAID, septembre 1996, 3.

[2]    Lambert G, Fournier B, Poulin C, La notification aux partenaires, un travail d’équipe, Le Médecin du Québec, vol. 34, no. 3, mars 1999, p. 65.

[3]    The Allan Guttmacher Institute, Facts in Brief , Washington, DC, 1993, p.2.

[4]    Centers for Disease Control and Prevention. Septembrre 1996. Voir aussi Sexually Transmitted Disease Surveillance 1995. Morbidity and Mortality Weekly Report. 45 (53).

[5]    Ho Gyf, Bierman R, Beardsley L, Chang CJ et Burk RD, Natural History of Cervicobaginal Papillomavirus Infection in Young Women. New England Journal of Medicine, 338 (7), 1998, pp. 423-428.

[6]    Sellors JW, Mahoney JB, Kaczorowski J, Lytwyn A, Bangura H, Chong S, Lorincz A, Dalby DM, Janjusevic V, Keller JL, Survey of HPV in Ontario Woman (SHOW) Group, Prevalence and predictors of human papillovavirus infection in women in Ontrario, Canada, CMAJ, 5 septembre 2000; 163 (5), p. 503-08.

[7]    Fleming DT, McQuillan GM, Johnson RE, Herps Simplex Virus Type 2 in the United States, 1976-1994. New-England Journal of Medicine, 16 octobre 1997 ; 337 (16): 1105-1111

[8]    Steben M, Sacks SL, Genital herpes:The Epidemiology and Control of a Common Sexually Transmitted Disease. Canadian Journal of Human Sexuality, 1997; 6 (2): 127-134. Pour l’extrapolation des données à toute la population canadienne, voir : Maticka-Tyndale E, Reducing the Incidence of Sexually Transmittend Diseases through Behavioral and Social Change, Canadian Journal of Human Sexuality, 1997; 6 (2) : 89-104.

[9]    Corey L, Spear PG: Infection with Herpes simplex viruses, New-England Journal of Mececine 314:686-891, 749-759, 1986

[10]   Vézina C, Steben M, Les impacts psychosexuels de l’herpès génital et le counseling, Le clinicien, janvier 2000, p.77-93.

[11]   Huneault D, Lea RH, HIV In Women : The Changing Demographic, The Canadian Journal of Diagnosis, August 1999, p.57-66.

[12]   Paradis M, Le VIH, l’ennemi scientifique numéro un, Prix Galien 1999, p.22-24.

[13]   Society of Obstetricians and Gynaecologists of Canada : HIV Testing in Pregnancy. Public Education Pamphlet. November, 1998. Cité dans : Huneault D, Lea RH, HIV In Women : The Changing Demographic, The Canadian Journal of Diagnosis, August 1999, p.57-66.

[14]   Cappiello A, VIH : transmission en hausse chez les hétérosexuels, L’actualité médicale, 10 janvier 2001, p. 24.

[15]   Silversides A, With HIV prevalence among women increasing, more provinces encourage prenatal testing, CMAJ 1998; 158(11) : 1518-9. Cité dans : Huneault D, Lea RH, HIV In Women : The Changing Demographic, The Canadian Journal of Diagnosis, August 1999, p.57-66.

[16]   Thomas R. Changing treatment for patients with VIH, The Canadian Journal of CME, August 1998, p. 41.

[17]   Paradis M, Observance des trithérapies : Des chiffres inquiétants, L’actualité médicale, le 26 janvier 2000, p.22.

[18]   Strathdee SA, Martindale SL, Cornelisse PGA, Miller ML, Craib KJP, Schechter MT, O’Shaughnessy MV, Hogg RS, HIV infection and risk behaviours among young gay and bisexual men in Vancouver, CMAJ, Jan 11, 2000 ; 162 (1), p.21-25.