Les
condoms protègent-ils vraiment ?
Dr Luc Chassé, médecin omnipraticien
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Julie (nom fictif pour préserver la confidentialité),
16 ans, se présente à mon bureau un peu inquiète : « Docteur, j'ai des drôles de « bobos » sur la vulve, et ça fait mal ! »
Après
une histoire complète et un examen minutieux, je me sens un peu attristé pour
elle. Je dois lui dire :
--
C'est de l'herpès génital, Julie.
--
Mais c'est une MTS? s'exclame Julie, toute surprise.
--
Oui, tu as raison.
--
Mais, j'ai toujours exigé que mes partenaires portent le condom !
--
Mais le condom ne protège pas beaucoup contre l'herpès.
--
Quoi ! s'exclame Julie, furieuse. On ne
m'a jamais dit ça !
--
Je sais. Mais pourtant c'est vrai. Non seulement ta protection contre l'herpès
au moyen du condom n'est que de 20 à 40 pour cent, mais en plus il ne te
protège pas du tout contre les condylomes, le cancer du col et le
chlamydia."
--
Ah oui !
Comme beaucoup de jeunes et de moins jeunes, Julie se
pensait complètement en sécurité avec le condom. Pourtant les études scientifiques prouvent que le condom offre
très peu de protection contre certaines MTS.
Voici quelques données:
·
VIH (SIDA) : Les résultats varient de 57% à 90% de
réduction du risque.[1] Le pourcentage de réduction du risque indique
comment le risque est diminué. Dans le
cas du SIDA, cela veut dire que si dans un groupe de personnes qui n'utilisent
pas le condom, il y a 100 personnes qui attrapent le SIDA, alors dans un groupe
de même grandeur utilisant le condom, seulement de 10 à 43 attraperont le SIDA
(100-90 et 100-57).
·
Gonorrhée : De 50 à 75 pour cent de réduction du risque
chez l'homme et de 13 à 34 pour cent de réduction du risque seulement chez la
femme.[2] Donc, chez la femme, si 100 personnes parmi
celles qui n'utilisent pas le condom attrapent la gonorrhée, il y aura entre 66
et 87 femmes qui l'attraperont parmi le groupe qui utilise le condom.
·
Herpès génital : De 20 à 40 pour cent de réduction chez la
femme, aucune étude chez l'homme.2
Dans le cas de Julie, elle croyait que le condom la protégeait complètement,
mais en réalité, en utilisant le condom, elle était dans le groupe où de 60 à
80 femmes attraperaient l'herpès au lieu d'être dans le groupe où 100 femmes
s'infecteraient (pas énorme comme différence !).
·
Chlamydia : Aucune réduction du risque chez l'homme, 3
pour cent de réduction chez la femme.2
Donc, pour le chlamydia, utiliser le condom ou non ne change à peu près rien.
·
Trichomonas : 30 pour cent de réduction du risque.2
·
Vaginose bactérienne
: Aucune réduction du risque.2
·
VPH (le virus causant
les condylomes et le cancer du col chez la femme) : aucune étude chez l'homme, aucune réduction du risque chez la
femme.2, [3]
·
Hépatite B : Aucune étude ne démontre une réduction du
risque.2
Il va de soi qu'il ne s'agit pas ici de condoms brisés
(ce qui arrive chez 1 à 2 pour cent des utilisateurs de condoms) ni de condoms
portés seulement occasionnellement, mais bel et bien de l'échec du condom à nous offrir une protection suffisante lorsqu’il est
employé par des utilisateurs réguliers. Il est intéressant de noter que,
d’après les recherches, ceux et celles qui utilisent le condom de façon
occasionnelle ne sont pas plus protégés que ceux et celles qui ne l'utilisent
jamais, et cela, même pour les MTS comme le SIDA.
Ça m'attriste de rencontrer plusieurs jeunes, dans ma
pratique médicale, qui ont la même réaction que Julie lorsque je leur fais part
de ces données. Pourquoi parle-t-on
tant de sexualité à l'école tout en cachant certaines vérités aux jeunes ? Selon certains experts, les personnes
responsables de plusieurs programmes d'éducation sexuelle dans les écoles ont
peur qu'en insistant sur les limites du condom, ils n'influencent les jeunes à
ne pas l'utiliser et que le problème empire. Donc, ils parlent à peine du fait que la protection ne soit pas à
100% et insistent sur son utilisation.
Le message perçu : « avec le condom,
pas de danger » Pourtant, c'est un
concept complètement faux.
LES JEUNES ONT LE DROIT DE TOUT SAVOIR ET NOUS (parents,
éducateurs, professionnels de la santé) AVONS LE DEVOIR DE TOUT LEUR DIRE. Ne leur enseigner qu'un côté de la médaille
par peur qu'ils n'utilisent pas le condom, c'est les tromper. Ce sont vous, les jeunes, qui vivrez les
conséquences de tous les échecs du condom.
Vous avez donc le droit de connaître complètement les risques de
contracter une MTS lors d'une relation sexuelle même protégée par un
condom. C'est seulement ainsi que vous
pourrez faire un choix éclairé concernant votre vie sexuelle en choisissant
:
·
Soit d'attendre l'élu(e)
de votre cœur pour fonder une famille solide libre de toute MTS,
·
Soit de prendre le
risque (que vous pouvez maintenant mieux calculer avec les quelques données
présentées ici) de contracter une MTS qui pourra avoir des conséquences pour
votre vie personnelle et votre vie de couple lorsque vous fonderez une famille.
Julie aurait préféré savoir d'avance les risques
qu'elle prenait en ayant des relations sexuelles avec condom durant son
adolescence. Vous avez la chance d'en
savoir plus qu'elle…
Ça vaut peine de penser à sa santé sexuelle
future.
[1] Weller, S.C. (1993). A Meta-analysis of Condom Effectiveness in
Reducing Sexually Transmitted HIV. Social
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